Et soudain ils ne riaient plus, bouleversant témoignage.

et-soudain-ils-ne-rient-plusRetour de la chronique littéraire aujourd’hui avec un ouvrage consacré à un évènement qui a marqué un avant et un après dans l’histoire de notre pays. Les funestes attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en Janvier . Un « mush have » assurément que ce « Et soudain ils ne riaient plus » aux éditions Les Arènes.

Dans l’ère d’information à outrance qui est la notre, tout a été dit, écrit, tweeté sur ces quelques jours qui ont sécoué et fait frémir notre pays. Mais notre époque a aussi la particularité de nous faire oublier bon nombre de ses informations dont nous sommes abreuvés.

C’est pourquoi 4 expérimentés journalistes, rompus aux joutes de l’enquête et du reportage, se sont réunis pour reconstituer ce glaçant puzzle. A la faveur de 200 témoignages poignants des acteurs de ces journées, ils ont pu se situer au plus proche de l’action, avec des révélations exclusives, de témoins parfois moins sous les projecteurs : témoins, policiers, gendarmes, politiques, dessinateurs, proches des victimes.

Un vrai road movie en accéléré, concentré sur 3 jours, dont il vous sera impossible de décrocher une fois la lecture commencée. La thématique nous a tous tant touchés que la lecture se fait d’une traite, tant le ton est alerte, vif, et la satisfaction grande d’être l’espace de quelques heures, un témoin privilégié des faits.

Ils nous font revivre heure par heure, des dizaines de scènes vécues, d’émtions, de coincidences, de choses vues. Ainsi, le kiosquier qui vendait chaque matin ses journaux à Cabu et Wolinski est le même que les tueurs ont pris à partie pour lui voler sa voiture. Ou cette étrange prémonition des proches de Yoav, l’étudiant juif, alors qu’ils sont en Israel au moment des faits.

La gestion minutée également de nos dirigeants, François Hollande et Manuel Valls en tête. Le nouveau rôle, souvent insidieux et pernicieux, joué par les médias dans la retransmission en direct des évènements, parfois à l’encontre même du travail des forces de l’ordre ou d’intervention. La froideur dans les discussions des terroristes. Et tant d’autres choses encore.

Et un titre , en guise d’hommage aux dessinateurs fauchés, qui avaient fait de leur impertinence et de leurs rires permanents une marque de fabrique ; un leitmotiv. C’est du témoignage d’un survivant, joli symbole, que sera extrait ce titre :

« Tandis que les pompiers me soulevaient sur un fauteuil à roulettes de la conférence, j’ai survolé les corps de mes compagnons morts, Bernard, Tignous, Cabu, Georges, que mes sauveteurs enjambaient ou longeaient, et soudain, mon Dieu, ils ne riaient plus. »

Une phrase signée Philippe Lançon, qui comme beaucoup d’autres dans ce livre, tiendront lieu de fragment d’histoire. Une histoire dont l’épilogue hélas se joue en Novembre 2015 avec les nouveaux attentats de Paris. Ou là encore, il faudra parler, écrire, transmettre. Pour ne jamais oublier.

 

Et soudain ils ne riaient plus, Marie France Etchegoin, Thierry Levêque, Marie Amélie Lombard -Latune, Dorothée Moisan, Editions Les Arènes, 420 pages, 20,90 euros.

 

Laisser un commentaire