Sofiane Oumiha, interview exclusive de retour des Jeux !

sofiane-oumiha-4Les deux ont grandi à la Reynerie, l’un aurait pu représenter la France aux JO en foot ou tennis (du moins le croit-il !), l’autre est allé au bout de ses rêves. C’est une vraie exclu que WebToulousain vous propose, avec cet entretien à bâtons rompus entre Damien, notre rédacteur, et Sofiane Oumiha, médaille d’argent en boxe aux Jeux Olympiques de Rio en catégorie moins de 60 kilos. Sofiane était en séance de dédicace samedi dans un centre commercial de Toulouse.

Un Sofiane qui assume avec une sérénité impropre de ses 21 ans ce qui lui tombe dessus, ce nouveau rôle d’étendard du sport toulousain, symbole d’une France métissée fière de ses couleurs. Une lucidité bluffante pour un jeune de cet âge qui vit un rêve éveillé depuis son retour des Jeux, avec peu de place pour le repos. L’occasion de le remercier d’autant plus de ne pas avoir compter son temps pour nous ouvrir son cœur.

 

Alors Sofiane, première question…

Pourquoi la boxe je parie ?

 

Et ben non, mais vas y je t’écoute  !

En fait, depuis tout petit la boxe s’est imposée à moi, en parallèle avec le rugby, que j’ai pratiqué au TUC [NDLR : TUC pour Toulouse Université Club] jusqu’il y a 2 ou 3 ans. Puis j’ai dû faire un choix, car je commençais à bien marcher en boxe et je voyais en point de mire les prochains Jeux Olympiques. J’ai dû à regret quitter le TUC ou j’évoluais demi de mêlée ou arrière. La suite m’a prouvé que c’était un bon choix !

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Tu t’attendais à un tel parcours aux Jeux ?

Tu sais, je ne me suis mis aucune pression. J’ai abordé l’échéance comme un tournoi normal, pour moi c’était le Tournoi de Rio. Et de toute façon j’avais entièrement confiance en mon travail réalisé ces dernières années, donc j’étais tranquille. Si je faisais médaille c’était génial mais je me suis jamais pris la tête pendant la compét’. Dans la vie je prends les évènements comme ils viennent, toujours avec tranquillité.

 

On a tous en mémoire cette scène poignante avec Brahim Asloum. Sans trahir le secret de votre échange, il te dit quoi en gros ?

En gros le message c’est « T’es jeune, tu as l’avenir devant toi alors relève la tête ».

 

Justement, en compétiteur que tu es, tu arrives à savourer une médaille d’argent ou c’est la frustration de ne pas toucher l’or qui l’emporte ?

Beaucoup de frustration bien sûr, si près du but je voulais l’or. D’autant que ce Brésilien n’était pas meilleur que moi. Mais plus les jours passent, plus cette frustration s’atténue, et là je commence à profiter, à réaliser le parcours accompli et à m’en réjouir. Mais ça prend du temps !

 

Tu boxes un brésilien en finale, qui bénéficie d’un soutien incroyable dans la salle. Tu penses qu’avec un adversaire d’une autre nationalité ça se serait passé autrement ?

On me pose souvent la question mais tu sais pour moi ça ne change rien. Quand il est entré dans la salle, il y avait 7500 personnes qui hurlaient, scandaient son nom, le sol tremblait. Mais moi ça m’a donné une pêche incroyable, ça me faisait sourire. Donc je n’ai pas ressenti de pression supplémentaire. Brésilien ou pas, moi j’étais dans ma finale.

 

Ta médaille c’est aussi la médaille de toute l’équipe de France de boxe, qui a engrangé 6 métaux, comment expliques tu cette moisson ?

Déjà par le talent de cette génération, avec de grands boxeurs. Ensuite, de par l’état d’esprit qui règne dans cette équipe, une véritable famille qui a traversé toutes les galères ensemble. Modestement, j’ai ouvert le bal puisque j’ai eu ma médaille le 16, et les autres se sont senti pousser des ailes !

 

Justement, après avoir fini ta compétition tu étais leur premier supporter non ?

C’est clair, beaucoup de gens me disent que j’aurais dû aller voir d’autres disciplines, voir Usain Bolt, etc… Mais pour moi ma place était auprès de mes frères de combat, je me devais d’aller les soutenir à la salle chaque jour. Tant pis pour les souvenirs, je n’allais de toute façon pas à Rio pour faire des selfies ou du tourisme.

 

L’esprit Vastine aussi sans doute [NDLR : Alexis Vastine, boxeur de l’équipe de France, se préparait pour les JO et qui fut victime d’un accident d’hélicoptère sur le tournage d’une télé-réalité de TF1]  ?

Indéniablement, oui, Alexis était avec nous ! Je l’ai connu lors de rassemblements, on a un peu boxé ensemble, et tout le monde voulait lui rendre le plus beau des hommages. Je crois que nous y sommes parvenus.

 

Depuis ton retour, tu as beaucoup de sollicitations médiatiques et institutionnelles, tu es à l’aise avec ça ?

Oui, ça va, je reste moi même, nature. Je sais que tout ça n’est qu’éphémère, et que cela s’arrêtera aussi vite que c’est arrivé. Je surfe sur la vague pour le moment, on me reconnaît dans Toulouse, l’autre jour les gens ont scandé mon nom à Ernest Wallon , ça fait drôle et c’est un grand plaisir. Mais je sais aussi que bientôt je retournerai dans l’ombre, là ou les boxeurs sont le plus souvent. Et c’est très bien comme ça !

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Parmi les tonnes de message que tu as reçu, il y en a qui t’ont fait particulièrement plaisir ?

Bien sûr, j’ai reçu des messages de personnes malades ou en difficulté qui me disaient que mon parcours leur a redonné du baume au coeur. C’est une superbe récompense pour moi ! J’essaye de répondre  à tout le monde, mais ma page Facebook a explosé pendant les Jeux. Avant, j’étais à 4000, maintenant, je suis à plus de 12 000, c’est une déferlante !

 

Bien que tu t’en défendes, tu as cette image de boxeur de quartier. Qu’est ce que ta médaille apporte aux gens des quartiers selon toi  ?

Ils sont à fond, c’est incroyable ! Si ca permet aux jeunes de croire en leurs rêves et de voir que l’on peut s’en sortir en venant d’un quartier populaire c’est très bien. Les jeunes sont conscients que les études et le sport sont deux vecteurs importants d’intégration. Si j’ai pu aider à opérer cette prise de conscience j’en suis ravi, même si je ne m’érige pas en ambassadeur. Je suis très attaché à la Reynerie et à Toulouse, et cette médaille c’est aussi celle de tous les toulousains.

 

La suite de ta carrière c’est quoi ?

Déjà, un peu de repos ! Quand tu prépares des Jeux, tu manges boxe, tu dors boxe, tu rêves boxe pendant 4 ans alors  j’ai besoin de souffler un peu. Ensuite je reprendrai un peu l’entraînement avec Mehdi Oumiha et j’étudierai les propositions qui se présenteront à moi. Il va y avoir pas mal d’opportunités après cette médaille, il faut bien les étudier. Peut être passer professionnel, même si je vis déjà comme tel. On va voir… J’ai un rendez-vous avec le DTN [NDLR : DTN pour Directeur Technique Narional] et l’INSEP à Paris [NDLR : INSEP pour Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance] pour voir ce que l’on me propose.

 

Je suppose qu’après avoir touché l’argent, tu as envie de davantage ?

Bien sûr, ce que j’ai vécu à Rio, j’aurai envie de le vivre tous les week ends. Pour Tokyo 2020 j’aurai 25 ans, et sauf éclosion d’un surdoué, ce seront les mêmes sur le circuit, alors tout est permis, mais tu l’as bien compris, je veux de l’or !

 

Pour suivre Sofiane Oumiha c’est ici :

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