Interview du directeur du cinéma CGR de Blagnac, Jean-Baptiste Salvat

Les cinémas pourront rouvrir leurs portes dès lundi 22 juin, mais sous quelles conditions et comment ont-ils vécu cette période qui nous a tous touché ? Revenons sur ces points avec l’interview de Jean-Baptiste Salvat, le directeur du cinéma CGR de Blagnac.

Bonjour Jean-Baptiste Salvat, vous êtes le directeur du cinéma CGR de Blagnac. Merci de nous recevoir. Ma première question est : depuis le 14 mars tous les cinémas français ont dû fermer leurs portes, comment avez-vous vécu cette période de confinement, qui dure jusqu’au 22 juin d’ailleurs pour vous ?

Ça a été un coup dur, à savoir que dans l’histoire du cinéma, même pendant les guerres mondiales, le cinéma n’a jamais fermé en France. C’est quand même quelque chose de voir tous les cinémas s’arrêter. Fermer les portes, passer au cinéma voir si tout se passe bien durant le mois d’avril et de mai. Voir un cinéma vide, éteint, ça fait quand même quelque chose. C’est assez difficile, en particulier de ne pas savoir de date de fin. Le fait de se dire ce sera peut-être le mois prochain, dans deux mois, dans trois mois, peut-être dans six. Pour se projeter, c’est un petit peu plus difficile de ne pas avoir de date et d’être dans l’incertitude.

Combien d’employés travaillent au cinéma ?

Alors on a un effectif de 25 personnes, dont une vingtaine qui sont en temps partiel. Et après on a aussi une entreprise sous-traitante en sécurité et une autre en ménage. Donc on va dire, tout compris avec les sous-traitants qui travaillent ici, on va être 35 à peu près.

Étaient-ils tous au chômage durant cette période ?

Avec nos entreprises sous-traitantes, pour l’instant, on avait suspendu les contrats puisqu’il n’y avait pas d’activités. Quant à leurs employés, tous étaient en chômage partiel, pour ceux qui travaillent au cinéma. Et pour notre équipe aussi, tout le monde a été en chômage partiel, moi compris.

A la réouverture, quel protocole sanitaire allez-vous mettre en place ?

On aura différents protocoles, à destination du public et du personnel du cinéma. Ce sera sensiblement la même chose que ce que vous pouvez voir dans tous les établissements qui ont rouvert. C’est-à-dire, réfléchir à des sens de circulation, à de la distanciation sociale, lavage de mains, tous les gestes barrières. La fédération nationale des cinémas français (FNCF) a proposé un cahier des charges avec toutes ces mesures et les a fait valider par l’État, pour savoir si ces mesures nous été confirmées ou modifiées. Par exemple, est-ce que le port du masque sera obligatoire ou non pendant le visionnage d’un film ? Est-ce qu’il sera obligatoire ou non dans les espaces de circulation ? Est-ce que l’on doit vendre un fauteuil sur deux, sur trois ? Le port du masque ne sera pas obligatoire mais conseillé que ce soit dans les espaces de circulation ou dans les salles. C’est quand même un point positif pour nous parce que faire revenir du monde dans les cinémas en leur disant qu’ils vont devoir passer deux heures devant un écran avec le masque, c’était un peu plus compliqué. Pour l’instant, lors de la reprise le 22 juin, on nous impose de vendre seulement la moitié des billets de chaque salle et de laisser un fauteuil vide entre chaque groupe de spectateurs. Là aussi c’était une question longuement débattue. Au départ, on voulait nous imposer un fauteuil vide entre chaque personne. Donc même un couple ou une famille devait laisser un fauteuil vide entre eux. Ce n’est plus le cas finalement, ce qui est quand même plus cohérent.

Stickers de distanciation sociale dans les files d’attente. Copyright : CGR
Et concernant le personnel du cinéma ?

On a aussi vis-à-vis du personnel une problématique, c’est de savoir ce qu’on fait socialement vis-à-vis de nos effectifs. L’activité semble démarrer sur des bases assez faibles, le temps de se remettre en place. On va très certainement passer en chômage partiel pas mal de nos employés. Mais peut-être que très vite il faudra reprendre tout le monde, ou les passer à 75% de travail. Ils sont tous conscients de la problématique qu’on rencontre. Je les ai eus plusieurs fois dans cette période pour savoir si tout allait bien, pour les briefer un peu sur la situation du cinéma. Ils sont tous très impliqués et ont tous envie de reprendre. Ils comprennent très bien que l’on est dans la réactivité face à une situation inédite. On va essayer de faire au mieux, mais peut-être que certains seront rappelés en urgence.

On peut voir que les cinémas ont tout de même manqué au grand public, vous attendez-vous à recevoir beaucoup de monde dès le 22 juin ?

C’est la grande question. On a tous d’abord dit « les gens ne viendront pas » et moi le premier. Les gens auront passé 3-4 mois à ne regarder que des séries chez eux, on va rouvrir juste aux beaux jours et ils n’auront qu’une envie, c’est de faire autre chose que de regarder des films. Et puis finalement, plus on discute et plus on s’aperçoit que le cinéma manque à beaucoup de personnes. Nous ce qu’on attend de voir, c’est que les cinéphiles reviennent justement, mais on n’avait pas trop de doutes là-dessus. Ce dont on a besoin, c’est du grand public. On peut se dire qu’il va quand même y avoir du monde qui va revenir parce que sur toutes les communications que l’on peut faire sur les réseaux sociaux, il y a quand même de très bonnes réactions. De plus, on avait mis en ligne, il y a quelques semaines un mini site : CGR fait ton programme. On a demandé au public de participer et il y a une participation 10 fois supérieure à ce que l’on s’attendait au niveau national.

Que dîtes-vous à ce grand public justement, pour l’inciter à revenir au cinéma ?

Ce que l’on peut dire d’habitude déjà, c’est que le meilleur endroit pour voir un film, c’est dans une salle de cinéma. Je mets souvent au défi quelqu’un de me citer une scène qui l’ait scotché dans sa vie et qui ne soit pas au cinéma. C’est assez dur vous essaierez. Si vous voulez voir des films et vraiment avoir des sensations et des émotions, je pense que dans les salles c’est l’endroit où l’on voit les films dans les meilleures conditions. Après le cinéma c’est aussi la sortie. On arrive à tisser toutes les catégories sociales, toutes les personnes, tous les âges. Et c’est aussi le besoin de partager quelque chose collectivement. Toute une salle qui rigole devant un film, c’est communicatif. Je pense même que certaines comédies que vous auriez peut-être trouvées moyennes si vous les aviez vues seules ou à la télé, seraient un peu mieux dans une salle pleine et qui rit. L’expérience collective va donner une plus-value.

Combien de séances y aura-t-il en moyenne par jour ?

Il y aura en moyenne entre 4-5 séances par jour selon la durée du film. Les films très courts en auront peut-être 6, si l’on commence tôt le matin et finit plus tard. On se dit qu’avec l’approche des vacances, des séances plus tardives, ce n’est pas trop gênant parce que l’on s’aperçoit que les étés généralement, la séance de 22h30 marche plutôt bien ici. On est resté sensiblement sur les mêmes séances qu’avant. Quitte à ouvrir, il n’y a pas vraiment d’intérêt à supprimer trop de séances.

Et enfin, on peut voir sur le site, la mise en vente de tickets à 5€, c’est là aussi un moyen de relancer l’activité ?

Il y a un double intérêt à cette offre. C’était déjà de proposer une offre tarifaire au public pour qu’il reprenne l’habitude et l’envie de venir au cinéma. Les inciter en tout cas à reprendre l’activité. Ça peut être un bon signal pour que les gens reviennent, surtout que ce sont des films qui, même s’ils ne sont pas restés longtemps à l’affiche, sont sortis en mars pour les trois quarts. Le deuxième intérêt de cette offre est que le prix est de 5€ la place, seulement si on réserve sur internet. On veut, grâce à cette offre, habituer le public à moins acheter aux caisses pour éviter les contacts. Je ne dis pas d’enlever le paiement en espèce, parce que beaucoup de gens ne pourront pas faire autrement. Mais on veut favoriser ce mode de paiement. On va lancer aussi la vente de menu confiserie dématérialisé. On n’aura pas toute la gamme parce qu’elle est assez large, mais les produits phares les menus (boisson + friandise popcorn ou M&M’s) seront disponibles sur le site. Là aussi, on va proposer une offre de 1€ en moins sur les menus pour les personnes qui les achèteront sur le site internet, de manière, à là aussi, favoriser l’achat dématérialisé.

D’ailleurs, qu’avez-vous fait de vos stocks de friandises et boissons pendant le confinement ?

Pour ça, on s’est organisé avec l’association des Restos du Cœur de Blagnac, qui passait chaque mois. Au début, on ne savait pas trop s’ils allaient les prendre parce que c’est vrai qu’au niveau nutritif, ce n’est pas très bon. Il vaut mieux prendre un paquet de pâtes ou de riz. Mais on s’est dit que ça pouvait tout de même leur faire plaisir. Quand les personnes viennent faire leurs courses, l’association donne un paquet de M&M’s par exemple, et les enfants sont contents. C’est important de pouvoir leur faire plaisir à eux aussi.

Les cinémas sont fin prêts à la réouverture et le grand public ? Vous pourrez également découvrir la salle ICE (Immersive Cinema Expérience), connue pour sa qualité d’image et de son. Plus qu’une séance de cinéma, on parle même d’expérience qui éveille tous nos sens. La salle est maintenant équipé de nouveaux sièges électriques avec  prises USB et chargeurs, intégrés dans les accoudoirs. Il suffit donc de poser son téléphone pour qu’il charge. Pour découvrir la programmation et réserver vos places, rendez-vous sur le site du cinéma CGR Blagnac.

Copyright : CGR
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