Entrevue exclusive avec Laurent Lafitte Amphore d’Or du Festival Fifigrot avec son film “L’Origine du Monde” !

Lors du Festival Fifigrot 2020, nous avons eu l’opportunité de voir 8 films en compétition dont “L’Origine du Monde” de Laurent Lafitte. Une belle claque magistrale, notre coup de coeur de la séléction.

Et Blanche Gardin, grande prêtresse de la 9ème édition du festival Grolandais de Toulouse ne s’y est pas trompée. Elle n’a pas pu départager “Mandibules” de Quentin Dupieux et “L’Origine du Monde” de Laurent Lafitte. C’est ainsi qu’elle les a proclamé “Amphore d’Or” en disant : “Je n’ai pas réussi à départager cette grosse mouche velue de Mandibules et la toison si douce d’Hélène Vincent dans L’Origine du Monde. Du coup je remet l’Amphore d’Or à ces deux films qui pour moi sont des bijoux de comédie. Ce n’est que de la surprise, il y a un culot extraordinaire dans ces deux films. Il y a une invention, une folie qui est très rare dans la comédie“.

Nous avions eu la chance de rencontrer Laurent Lafitte à la base pour un point presse juste avant la projection de son film devant le public du Fifigrot. Mais comme un cadeau de la vie, nous étions seul avec lui à converser sur son oeuvre et sa belle fibre de réalisateur sur “L’Origine du Monde”.

Même si nous n’en parlons pas dans l’interview, soulignons que son film avait été sélectionné pour le Festival de Cannes 2020.

Bonjour Laurent Lafitte, merci de répondre à nos questions.

Bonjour, merci à vous.

L’Origine du Monde c’est une espèce d’harakiri déguisé en figure de magasine (rires).

Je suis très contente de vous rencontrer. Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez appris que votre film “L’Origine du Monde” était sélectionné pour le festival Fifigrot 2020 ?

J’aime beaucoup Groland. Et puis il y a quelque chose dans le film qui ressemble à l’esprit grolandais. Mon film, c’est une sorte de version bourge de Groland (rires collégiaux). Un peu le même esprit, le même désir d’être transgressif et de pousser un peu les limites. “L’Origine du Monde” c’est une espèce d’harakiri déguisé en figure de magasine (rires).

Oui c’est pas mal trouvé (rires).

Voilà, il y a un lien avec l’esprit Groland un peu nanare et surtout déconnant un peu bourgeois (rires).

Donc vous êtes très heureux d’être ici ?

Oui, je suis très content.

Votre film est adapté librement de la pièce de théâtre “L’Origine du Monde” de Sébastien Thiéry. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontré en l’adaptant au cinéma ? Vu que de passer d’un format théâtre au cinéma c’est assez compliqué.

Oui la pièce se passe dans un décor unique, dans l’appartement de Jean-Louis. Il fallait que j’arrive à faire sortir un peu de ce décor là en invitant de nouvelles situations. Tout en gardant l’esprit de la pièce et assumer le côté huit clos, un peu théâtrale du film.

J’ai essayé d’assumer ça tout en l’aérant avec d’autres séquences ou certaines situations qui se passent à l’intérieur et de les adapter à l’extérieur. Après il y a des films qui acceptent parfaitement le décor unique comme “Le dîner de cons”.

D’ailleurs ça fonctionne merveilleusement bien ou “Le crime était presque parfait” tout deux issus du théâtre. Quand on assume le huit clos ça marche aussi tel que “La Corde” encore d’Alfred Hitchcock. Pour ma part, j’avais envie d’élargir l’univers du visuel du film.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer de devant la caméra à derrière en tant que réalisateur ?

Dans ma manière d’être passionné par le cinéma, j’ai toujours essayé de comprendre comment c’était fabriqué. J’ai toujours voulu, très jeune, analyser les films Je cherchais à comprendre comment un réalisateur arrivait à provoquer une émotion, à raconter une histoire. Du coup j’ai toujours réfléchi comme ça aussi. Au bout d’un moment il fallait que ça devienne concret. Il fallait aussi que j’en ai les moyens. Le fait de travailler pas mal en tant que comédien ça m’a donné la possibilité d’essayer autre chose en étant déjà un petit peu crédible. Voilà j’en ai profité.

Dans la pièce c’est un marabout mais dans votre film c’est une coach de vie qui vient en aide à Jean-Louis. Avez-vous fait ce choix pour apporter plus de modernité ?

En fait je voulais surtout qu’il soit sauver par une femme. Dans la pièce c’est un homme et je trouvais ça bien que celle qui a le savoir, celle qui sait ce qu’il faut faire ce soit une femme. Il y a le personnage de la mère qui est déroutant, surprenant…

Entièrement d’accord !

Oui on est très en empathie avec elle et il se passe des choses quand même. Bon je ne veux pas spoiler mais c’est un personnage très double. Je ne sais pas, j’avais le sentiment qu’il fallait contrebalancer ça avec une figure féminine forte qui aide Jean-Louis à s’en sortir, en plus de sa femme. Sa femme aussi avec tous ses travers, tous ses excès. C’est quand même elle qui le prend par le bras et qui l’emmène au bon endroit pour le sauver.

Sa femme c’est un soutien incroyable…

Oui c’est un soutien… Alors au début c’est un couple qui est dans une impasse. C’est surtout un type qui n’arrive pas à bien aimé sa femme, à bien travailler. Il n’arrive plus à bien faire les choses.

Un peu un burn-out ?

Oui c’est ça, enfin je ne sais pas si le terme burn-out est approprié vu qu’on le dit un peu tout le temps. Jean-Louis n’est pas en surcharge de travail car c’est surtout ça la base. Il y a un moment il sent qu’il y a quelque chose en lui comme souvent dans les secrets de famille. Par définition, on n’est pas au courant (rires). Souvent les secrets de famille ont cette espèce de manière qui vous ralentissent, qui vous empêche d’avancer. Et quand vous débloquez ces verrous-là, vous arrivez à prendre une nouvelle dynamique. C’est un type qui est dans la quarantaine, qui a besoin du nouvelle dynamique et il y a quelque chose à découvrir.

Justement vous interprétez Jean-Louis dans le film. Comment faites-vous pour être en même temps acteur et réalisateur en passant derrière pour vérifier la scène ?

Oui en effet, j’allais derrière pour vérifier parce que j’étais obligé. Normalement je ne fais jamais ça.

Vous n’aimez pas vous regarder si je ne me trompe pas ?

Non, je n’aime pas du tout me regarder comme beaucoup de comédiens. Enfin comme beaucoup de gens. Je crois même que quand on regarde des films de vacances, ce n’est pas agréable. On n’imagine pas qu’on a cette voix-là, qu’on bouge comme ça. Donc comme tout le monde j’ai envie de dire, je n’aime pas trop me voir. Là j’étais obligé mais c’est vrai que du coup j’étais moins exigeant que si j’avais eu un metteur en scène en face de moi. Au montage il m’a manqué des variations de jeu sur moi que j’avais sur les autres. Il me manquait des différence de rythme et d’intention. J’ai trouvé qu’en tant qu’acteur ce n’était pas le meilleur endroit d’être à la fois devant et derrière. J’ai essayé de faire au mieux (rires). Mais en même temps ce n’est pas le personnage qui prend le plus en charge la comédie, c’est surtout le personnage de Michel.

Vincent Macaigne est vraiment incroyable !

Oh oui, il est super ! D’ailleurs quand j’ai fait mon choix des acteurs, j’ai très vite pensais à lui pour le rôle.

Même si j’ai hésité un moment donné et puis très vite je me suis concentré sur lui car j’avais déjà joué un film avec lui “tristesse club”.

J’avais senti avec Vincent une espèce de potentiel un peu à la “Villeret”. Il a quelque chose d’un peu poétique et en même temps une forme de douceur, de faiblesse un peu. J’ai donc très vite pensé à lui, mais je ne pensais pas qu’il allait ressembler autant à François Hollande (rires collégiaux).

C’est pas banal (rires).

Une fois que je lui ai refait un peu son look que je l’ai rasé de près, qu’on lui a mis les cheveux en arrière et les lunettes. Je dois dire que ça faisait un peu plus Hollande (rires collégiaux).

On vient de parler de Michel mais je voudrais m’attarder sur le rôle de la maman joué par Hélène Vincent. Comment avez-vous abordé ce personnage qui est si fragile et en même temps à ce côté un peu sombre ?

Quand j’ai vu la pièce, la mère était joué par Isabelle Sadoyan qui abordait le rôle de manière très antipathique. Du coup ce qui était drôle c’était de se dire comment avec ce petit bout de femme un peu bouledogue vont-ils réussir ?

Moi j’ai voulu déplacer ça et au contraire une petite mamie fragile avec qui on est très en empathie pendant les deux tiers du film. Et après je me suis amusé à twister le rapport qu’on a installé avec le personnage pour que les choses soient encore plus surprenantes.

Cela doit demander un sacré travail et de l’imagination ?

Là c’est vraiment un travail d’écriture vu que le personnage n’est pas ce qu’on croit. En tout cas on ne soupçonne pas ce que ce personnage va provoquer. J’ai essayé de l’amplifier en la rendant très aimable au sens propre dès le début du film.

L’essence même c’est la famille ?

Oui c’est le sujet de la pièce, les secrets de famille. La pièce commence quand Michel fait le diagnostic du corps arrêté de son ami. Donc moi j’ai voulu rajouter des scènes où on voit où ce qu’il en est dans sa vie. J’ai voulu développer le deuxième niveau de lecture de la pièce qui est un peu plus existentiel et psychologique. Mais avec des situations de comédies je voulais que ça reste drôle. Mais la pièce parle de la famille, les non-dits, les secrets. Toutes les familles ont des secrets et par définition on est au courant que de ceux qui sont révélés un jour (rires). Il y en a plein d’autres qu’on ne connaîtra jamais (rires). Je pense qu’il y a des secrets dans toutes les familles et qu’on avance tous avec. Il y a même certaines théories scientifique assez avancées sur une forme de mémoire cellulaire . De la mémoire du souvenir qui se transmettrai génétiquement presque. Je trouve que c’est passionnant comme problématique. Voilà c’est un type qui va se débattre avec tous ce qu’il ne connaît pas de sa propre vie. En fait dans l’histoire la photo c’est qu’un prétexte et le personnage de Nicole le sait. Ce qui compte c’est la quête de cette photo.

Justement en parlant de photo, il y a des scènes très forte en rapport avec la fameuse photo dont celle avec la photocopieuse. Une scène drôle mais pas que. 

Oui, la scène de la photocopieuse c’est vraiment une scène de pure comédie. Je cherchais des séquences à rajouter qui pousse encore plus la situation et je me suis dit si j’étais dans la même situation qu’est-ce qui serai terrible (rires collégiaux) ? Et la réponse c’est de voir développer cette photo devant des gens. J’ai donc rajouté cette scène là qui permet de sortir un peu de l’appartement. Mais vraiment je n’ai fait que suivre le rythme de la pièce. J’ai essayé de l’enrichir. Et puis au théâtre le dialogue est plus digeste donc j’ai aussi enlevé des dialogues pour que la situation avance un peu plus. Mais il y’a toute l’ADN de la pièce et des pans entier de dialogue. C’était plus de l’appropriation que de la réécriture. J’ai plus eu l’impression de m’approprié la pièce de Sébastien que de l’emmener ailleurs.

Est-ce que vous attendez avec impatience ce soir pour voir la réaction du public ? 

Oui parce que j’ai très peu montré le film. Je n’ai fait que deux projections publiques pour le moments. Je me dit que quand on consacre sa soirée au Fifigrot, c’est déjà un état d’esprit. Comme mon film est Fifigrot compatible je me dit que peut être on va passer une belle soirée, j’espère.

Je vous le souhaite en tout cas. 

Oui, merci.

Est-ce qu’il y a un message que vous voulez passer avec “L’Origine du Monde” ? 

Je ne pense pas qu’il y est un message. C’est ça qu’il y a de bien avec l’humour c’est très subjectif. Il y a des gens que ça va faire rire, d’autres qui vont être choqué, d’autres qui vont trouvé cela vulgaire ou que l’on s’arrête pile avant que ça le devienne, tu vois. Cela va provoquer des réactions et moi j’ai envie de cela. Chacun y verra le message qu’il veut. Cela résonnera à un endroit qui créera son propre message individuel. Je n’ai pas voulu faire passer de message universel avec mon film. Pour ma part, il me touche à un endroit très intime. Mais encore une fois ce qu’il m’intéresse beaucoup c’est que les gens rient. Ma préoccupation constante dans l’écriture, la préparation, le tournage, le montage c’est l’efficacité comique des situations. Et comme je pense que rien n’est plus drôle que les choses qui ont de la profondeur et du subversif, le message s’il y en a un se fait indépendamment de mon travail.

… Je suis d’accord… Désolée je vous écoutais avec ferveur que j’en ai perdu mes mots (rires).

Je fais des phrases trop longues (rires).

Non, c’était très bien j’étais captivée. Justement que diriez-vous à nos lecteurs pour leur donner envie de venir voir votre film “L’Origine du Monde” ? 

C’est un film qui n’est pas politique même si en ce moment on est un peu dans le tout politique. Dans les années 70 on a été dans le tout sexuel, et après dans le tout psychanalytique, et après dans le tout fric. Là on est dans le tout politique et le tout activiste. “L’Origine du Monde” n’est pas un film politique. C’est une comédie intime. Il faut y aller en ayant envie d’être un peu bousculé dans des endroits qui mettent mal à l’aise et au lieu de se bloquer de se demander pourquoi ça me met mal à l’aise ? Pourquoi ça créé un malaise ? Et accepter le malaise pour en faire une source de réflexion et d’amusement. S’amuser avec les tabous, s’amuser avec nos propres limites. Marcher au bord du vide comme ça ensemble en riant. J’espère que c’est dans cet état d’esprit que les gens iront voir le film et qu’ils ne seront pas déçus d’avoir consacré cette énergie là au film. C’est un film qui provoque déjà des réactions et rien que ça c’est bien !

Merci Beaucoup Laurent.

Merci à vous.

Petit témoignage de Zaza Bobo ayant vu le film pendant le festival Fifigrot : “Excellent film, L’Origine du Monde. C’est rafraichissant, décoiffant, drôle, absurde. Laurent Lafitte humble et enjoué comme un gosse, bref un vrai bonheur” !

Maintenant pour vérifier si notre coup de coeur pour “L’Origine du Monde” est justifié rendez-vous dès demain dans tous les cinémas Gaumont de France pour le Festival première qui a lieu du 30 septembre au 04 octobre. Ce mercredi 30 septembre vous pourrez découvrir le film de Laurent Lafitte en avant première.

Et pour ceux qui louperaient le coche, la sortie officielle du film est prévue le mercredi 04 novembre dans toutes les salles obscures. Plus d’excuses et on vous partage même un autre teaser :

Laissons la phrase de fin à Vincent Macaigne qui parle de Laurent Lafitte : “Pour moi un cinéaste est né” !

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