Entrevue avec Thierry Godard, brillant acteur, des séries “Engrenages” et “Un village français” au FIFFH 2020

Le Festival International de Film de Fiction Historique  avait convié plusieurs invités dont l’acteur Thierry Godard. Il est très connu pour ses rôles de Gilou dans “Engrenages” et de Raymond Schwartz dans “Un village français”. Vous l’avez découvert dernièrement dans le téléfilm “Mauvaise mère” sur France 3, et plus récemment dans “Faux-semblants ” sur France 2.

Après la cérémonie de clôture du FIFFH, Thierry Godard s’est livré à nos questions et est revenu sur des rôles qui lui tiennent à cœur.

Bonjour Thierry c’est un plaisir de vous rencontrer.

Bonjour, merci beaucoup.

J’aimerais que l’on revienne ensemble sur votre rôle de Raymond Schwartz dans la série “Un village français”. Juste un petit mot sur ce que vous retenez sur votre personnage qui nous a beaucoup marqué.

Un petit mot c’est compliqué parce que ça a duré tellement longtemps (rires collégiaux). Et on a fait 7 saisons.

C’est un personnage qui m’a aussi beaucoup marqué. C’était un des premiers personnages où il fallait que je cherche des choses qu’à l’époque je n’avais pas spécialement en moi. Le fait d’incarner un chef d’entreprise pendant la seconde guerre mondiale avec une autorité un peu naturelle, quelque chose d’un peu romanesque. Mais Raymond est à la fois très pragmatique et c’est un cœur d’artichaut. Il était capable de tomber amoureux beaucoup de fois (rires) !

Oui, de nombreuses fois (rires).

Oui en effet, mais une véritable fois aussi avec Marie.

Exact.

C’est un rôle qui m’a marqué énormément. “Un village français” m’a aussi marqué beaucoup. Je trouve que c’était une vraie série historique mais qui était tenue par l’autre bout de la lorgnette à travers ces gens simples qui vivaient cette guerre à leur manière, chacun avec leurs faiblesses et leurs forces.

Votre rôle était un peu à double tranchant. Au début Raymond Schwartz est opportuniste et collabore avec les allemands, puis il prend à un moment de plus en plus parti contre l’occupant. 

Il était un peu insaisissable. J’ai beaucoup aimé ce postulat de départ de Raymond qui tombe amoureux de sa métayère au moment où les allemands arrivent. Du coup pour lui cette guerre va se passer différemment car son cœur a vibré un moment donné.

Parfois je prends comme exemple des villes qu’on n’aime pas spécialement. Des villes portuaires un peu triste et on se dit : “Tiens je n’irai jamais habiter là”. Et il suffit qu’on tombe amoureux à cet endroit-là pour se dire : “En fait cette ville est magnifique”. Raymond a vécu cette guerre en se disant : “L’arrivée des allemands correspond au moment où mon cœur a vibré”. Cela a dessiné tout son parcours au cours de cette guerre. Les gens le voyaient un peu comme un collabo mais moi je ne l’ai jamais vu ainsi mais plus comme un gars qui a voulu faire fonctionner son entreprise. J’ai cherché tous ce que je pouvais pour le défendre (rires collégiaux).

A corps et à cris ?

Oh oui (rires collégiaux) !

Mais je suis d’accord, il est défendable.

Il est défendable en effet.

Vous vous êtes inspirés d’un personnage, d’un fait pour le jouer ?

Oui, je me suis inspiré d’un personnage dans un film documentaire de Marcel Ophuls “Le chagrin et la pitié” en deux parties. Dans l’une des deux, il y a ce chef d’entreprise qui parle de son expérience pendant la guerre. On est dans les années 60 et il est entouré de tous ses enfants. Il a vécu la guerre mais on sent que ça l’a effleuré (rires collégiaux). Il a passé cette période plutôt bien (rires). Il y a des gens qui passent à travers les drames de la vie quotidienne. Ils les vivent mais on cette force de caractère ou cette naïveté face aux drames de la vie et qui en tirent tout le temps le positif.

C’est une façon d’être c’est vrai.

Voilà la chance que nous les acteurs on a. On nous met ces personnages dans les mains comme si on nous donné une voiture dans les mains. Au quotidien tout cela nous renforce parce qu’on se dit : “Tiens, je vais vivre la vie de ce mec. Je vais vivre la vie d’un autre”. C’est une grande chance d’avoir joué ce personnage.

Justement il y a une autre vie qui a pris fin celle de la fabuleuse série « Engrenages » où vous incarniez Gilou. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai toujours un petit décalage avec le moment où j’arrête et l’après. Je sais que ça me fera quelque chose dans quelques mois.

Il vous faut un peu de recul ?

Oui il me faut un peu de recul parce que pour moi c’est encore là. C’est comme quand les gens meurent dans la vie ils ne nous manquent pas tout de suite. Parfois, Ils nous manquent des mois ou des années après et on se dit : “Ah tiens au fait il n’est plus là”. Donc, j’ai besoin de ce recul encore mais en tout cas je trouve que c’est une merveilleuse aventure. C’était au début une petite série Canal, personne ne nous connaissait. On venait tous pour la plupart du théâtre. Les créateurs de la série ont pris le risque d’un casting avec des gens pas connus. Et tout ça c’est grâce à une alchimie entre nous avec Fred Bianconi, Caroline Proust, Grégory Fitoussi, Audrey Fleurot, Philippe Duclos…

C’est un peu la magie de ce métier, il y a un casting, un scénario qui fait que ça marche. Et cela c’est inexplicable, on n’en connait pas le secret. Mais d’avoir été au bout des 8 saisons c’est génial. Je trouve que c’est bien de s’arrêter là parce que toutes les bonnes choses ont une fin (rires).

Avez-vous une petite anecdote sur la dernière saison ?

Sur la dernière saison… Non pas particulièrement… Ah si quand je tournais en prison au Bois-d’Arcy. On s’est rendu compte que la série était populaire non seulement chez les flics mais chez les prisonniers aussi. On a été très bien accueillis dans une prison où les gens vivent pourtant un cauchemar. On a été reçu comme si qu’on était chez nous et c’était très touchant de vivre dans cet univers assez particulier.

Vous parliez tout à l’heure du théâtre. Vous en êtes issu et vous en avez une profonde passion. Est-ce qu’on va vous revoir sur les planches ?

 J’aimerais bien mais en ce moment c’est un peu difficile. Je viens du théâtre mais oui j’ai très envie d’y retourner. Quand tu es acteur et que tu tournes sur les plateaux de tournage tu n’as pas ce stress. C’est stressant le théâtre. Tous les soirs on est sur scène. Il faut se faire violence toute la journée on sait qu’on va monter sur scène et le moment où on rentre. C’est un peu extraordinaire entre guillemet. Ce n’est pas anodin de monter sur scène et de dire : “Me voilà, je vais vous raconter une histoire”. Il y a le public à conquérir tous les soirs. C’est comme-ci on demandait la main de sa femme tous les soirs (rires collégiaux) !

Le théâtre c’est un autre monde ?

Oui, parfois elle dit oui et parfois elle dit non. On ne sait jamais (rires) !

On peut se prendre…

On peut se prendre un vent (rires collégiaux). Mais il faut y retourner. Il y a des comédiens qui n’ont jamais fait de théâtre et qui s’en tape complétement. Mais quand on vient du théâtre et qu’on a une formation de théâtre, qu’on aime les auteurs et leurs langages, il faut y aller. Cela nous ressource, ça nous met en danger et ça nous fait avancer. Il faut trouver le texte qui nous parle au moment de notre vie, là où on en est. On devient plus exigeant vis-à-vis d’une pièce qu’on a envie de jouer. Mais je vais y retourner (rires).

Mais j’espère bien (rires collégiaux). Hâte de vous revoir sur scène comme dans “Mademoiselle Julie”.

Oui, avec une superbe mise en scène de Robert Renucci qui était dans “Un village français” et avec Nade Dieu “ma Marie” dans la série (rires). C’est une sublime pièce « Mademoiselle Julie ».

J’ai joué un Pinter il y a deux ans. Juste avant, j’avais joué une pièce d’un auteur anglais avec Elodie Navarre, c’était super.

Si vous aviez une baguette magique vous permettant de choisir n’importe quel rôle. Lequel voudriez-vous incarner et pourquoi ?

Je ne vois pas les choses comme ça. En fait, j’aimerais toujours avoir la chance de jouer des rôles que je n’ai jamais joués. J’essaie de me battre tout le temps parce que quand on a imprimé les gens sur certains rôles : Raymond, Gilou.

Forcément les gens ont envie de nous revoir là-dedans et c’est un peu le piège. Et pourtant j’aime les rôles de flics, j’en ai fait plusieurs : “Les dames” et plein de choses.

Les rôles de policiers c’est du pain béni. Il y a à la fois de la psychologie, à la fois de l’action. C’est beaucoup de choses à jouer.

J’utiliserais la baguette magique pour jouer tout le temps des rôles différents, puissants. Puis peut-être un jour interpréter des rôles qui jouent avec notre société : qui défendent notre société, qui parlent de notre société et des belles choses aussi. Pas engagés mais qu’on soit un acteur aussi de notre vie sociale et de notre pays, de notre monde et qu’on arrive à lier tous ensemble. Cela ce serai le bonheur.

Des petits projets ?

Oui je vais faire « Germinal » une mini-série de 6 épisodes de 52 minutes chacun qu’on tourne à Lille et à Valenciennes pour France télévision. J’attaque le tournage mardi. Je joue Maheu (Toussaint) c’est le rôle qu’avait Gérard Depardieu et ce n’est pas une mince affaire (rires). Je suis très content et j’ai hâte de commencer.

Peut-être que la série « Germinal » sera présentée au Festival International du Film de Fiction Historique 2021 ?

Oh oui ce serait super ! En tout cas c’est tout à fait raccord avec ce festival !

On croise les doigts. Merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps.

Merci à vous. C’était un plaisir.

Et voilà, nous retrouverons peut-être Thierry Godard au FIFFH 2021 avec ses comparses de la série Germinal. Mais d’ici là, l’équipe du FIFFH prépare d’arrache pied le Festival International du Film Politique qui aura lieu du vendredi 15 au mardi 19 janvier 2021. La billetterie est ouverte !

 

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