Coulisses du tournage “Meurtres sur les îles du Frioul” : Ramora la cheffe décoratrice

Pendant trois jours nous avons été en immersion dans les coulisses du tournage de “Meurtres sur les îles du Frioul” réalisé par Sylvie Ayme et produit conjointement par Seconde Vague Productions et France Télévisions. Au fur et à mesure, nous avons discuté avec de nombreux membres de l’équipe. Il était évident de mettre en lumière chaque corps de métiers nécessaires à la réalisation d’un film. Nous vous proposons une semaine spéciale coulisses en commençant par l’interview de Ramora, la cheffe décoratrice.

Bonjour Ramora, vous êtes la main de la réalisatrice ?

Oui en quelque sorte. Je dois rendre réaliste son imaginaire et aussi raconter l’histoire des personnages. Quand on monte un décor, on le fait avec les 20 ans qui sont passés avant. Tout ce qui n’est pas dit dans le scénario on va le mettre en forme. On peut prendre comme exemple par rapport à l’intérieur qu’un personnage est monomaniaque donc tout est super bien rangé ou l’autre c’est un bordélique. Nous on va faire tout ça.

Après on va faire des repérages et vu qu’on doit tenir un devis on inspecte l’endroit. Parfois il y a des lieux qui ne correspondent pas du tout mais en fait ils sont intéressants par le fait qu’ils ne sont pas loin de notre décor. On va me dire “Tiens fais un décor de restaurant provençal”. Il va falloir que j’étudie la demande pour savoir si je peux la réaliser ou non et comment je vais l’intégrer au devis à respecter.

Il faut savoir s’adapter ?

Oui cela demande une extrême souplesse parce que ça change beaucoup. Si un comédien n’est pas disponible le décor qui était à la fin du film peut se retrouver au début. Il faut en effet savoir s’adapter. Ce qui est intéressant c’est d’être force de proposition en poussant plus loin. Comme je dis toujours si on court devant, le réalisateur va acheter les idées qu’on peut lui proposer.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Je travaille avec une super équipe. J’ai un ensemblier qui choisit les meubles. Les accessoiristes et les régisseurs qui vont chercher partout. Les rippeurs qui vont porter et c’est super important. Les peintres décorateurs qui font le faux, les constructeurs… Toute cette équipe m’aide beaucoup.

Ça vous porte ?

Oui complètement. Ils sont au top. Je dirais que j’ai une conception plus de troupe car je viens du théâtre. Cela valorise tout le monde de pouvoir apporter son idée, cela multiplie les choix.

Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice ?

En effet et ce qui est bien c’est qu’à chaque fois qu’on rencontre un problème on le résout à plusieurs. Et si le problème se représente à nouveau on dispose de la solution pour le résoudre au plus vite. Mais on en aura un autre (rires collégiaux). Ce qui est intéressant c’est qu’on arrive avant le tournage. On a le temps de discuter avec les gens. Par exemple sur « Alex Hugo » à Briançon on va parler avec un apiculteur ou un berger qui vont nous raconter l’histoire des lieux.

Comme ici à l’hôpital Caroline, on a pu parler avec tous les ouvriers qui travaillent à la restauration du site. Pour nous, c’est un enrichissement perpétuel. Mon boulot est vraiment très chouette !

Comment fonctionne la mise en place des décors ?

Pour un film on travaille par gamme de couleurs. C’est-à-dire qu’il ne faut pas voir le film par chacun des décors, mais l’ensemble. Il faut arriver à gérer l’ensemble.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots la mise en place du décor à l’hôpital Caroline avec le temple ?  

Il y a une scène de théâtre dont la réalisatrice a voulu dédoubler la scène avec un plan où on rentre dans un boyau. Techniquement, il a fallu faire tenir ce boyau pour que le cadreur rentre à l’intérieur  sans qu’il soit trop haut. On fonctionne beaucoup en location. On a loué les planches. Puis on a fait construire le décor.

Après on a un stock de France Télévisions où on récupère des éléments. On arrive deux jours à trois jours avant pour installer et on met tout en place avec les constructeurs, le peintre qui s’occupe des raccords au cas où mais là c’est rentré pile poil. En ce moment, on est déjà entrain de travailler sur la suite. On prépare avant et on démonte après les plans du tournage sur les lieux, puis on remonte un autre décor à un autre endroit comme ici au restaurant la Grillade qui devient « Chez Fanfan » pour les prises de demain.

Un sacré travail de préparation et de démontage aussi.

Oui, on se doit de rendre les lieux de la même façon qu’on les a trouvés en respectant le site et les gens qui nous permettent de tourner dans ces endroits. On est France Télévisions et j’ai à cœur de dire qu’on est une télé de qualité. On a un bel outil et il faut donner notre maximum et ne jamais dire ce n’est qu’un téléfilm ou encore un de plus. Non même si j’en ai fait 150 je me dois de garder cette rigueur et ce respect.

Ah bon 150 ?

Bah oui je suis vieille (rires collégiaux) ! Déjà 150, sans compter les décors de théâtre (rires). Avec France Télévisions on fait en moyenne 4 tournages par an. Au début j’étais intermittente. Cela fait 20 ans que je suis permanente.

Il y a des challenges à venir sur « Meurtres sur les îles du Frioul » ?

Oui, on va installer notre commissariat dans la tour « La Marseillaise ». Cela va être très contemporain. Et puis il y a un sens à l’installer là-haut avec le rapport entre le père et le fils pour marquer qu’ils sont à deux époques différentes. Je trouvais qu’il était intéressant de mettre le fils en hauteur dans un univers très moderne pour symboliser l’écart entre les deux hommes. J’ai dessiné des meubles en rapport avec le lieu.

Cela donne envie de découvrir le commissariat dans le film.

Oui ça va être beau. C’est le but (rires collégiaux). Quand j’ai une idée en tête je ne lâche jamais (rires).

Merci Ramora pour ce beau partage.

Merci à vous.

C’était la première interview dans les coulisses du tournage de “Meurtres sur les îles du Frioul”. Pour la prochaine, nous vous invitons à entrer au H.M.C pour rencontrer Valérie Tranier, cheffe maquilleuse.

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