Coulisses du tournage “Meurtres sur les îles du Frioul” : Patrice Dodin, ingénieur du son

On continue cette semaine spéciale coulisses du tournage de « Meurtres sur les îles du Frioul » avec l’ingénieur du son Patrice qui s’est prêté volontiers à nos questions et à notre curiosité.

Bonjour Patrice tu es ingénieur du son ?

Oui, en gros je m’occupe de la voix des gens. Je fais attention qu’on entende bien le texte des comédiens, qu’il n’y est pas trop de bafouillis et de mauvaises prononciations. Je détecte les bruits ambiants qui viennent nous embêter un petit peu.

Comme les avions, les mouettes (rires collégiaux).

Voilà. J’envoie des gens de notre équipe arrêter des tronçonneuses, stopper la circulation, arrêter les avions. Non, ça on ne peut pas (rires).

Le trafic aérien n’est pas d’accord.

Cela dépend. Quand l’armée fait des exercices, on leur téléphone et ils vont plus loin en changeant leur plan de vol. Mais les aéroports on ne peut pas.

Tu es responsable d’une petite équipe ?

Oui, j’ai un perchman. Son rôle c’est de mettre le micro le plus près possible des comédiens sans apparaître à l’image. On croit que ce métier c’est pour les gros bras, mais en fait c’est plein de finesse parce qu’on a des micros qui sont très directifs. Dès qu’on tourne un petit peu, la voix elle peut changer très vite. C’est difficile de bien maintenir la perche pour garder un son constant ou au contraire qui évolue comme on veut. C’est très compliqué. Une grande partie du boulot c’est le perchman.

Tu sais de quoi tu parles vu qu’en tant que perchman tu as déjà couru après des voitures (rires collégiaux).

Oui, beaucoup d’ingénieurs du son de films sont d’anciens perchmen.

Il n’y a pas que ce micro.

En effet, maintenant pour avoir un son très présent et plus proche du comédien, on est obligé de rajouter des micros HF. Des petits micros-cravates qu’on met sur les comédiens sans qu’ils se voient. Il y a tout un art pour mettre le micro sans qu’il soit visible et qu’il ne frotte pas. Les habits sont très sujets aux frottements. Il faut qu’il n’y est pas trop de vent parce que les micros détestent le vent. On sait tous le résultat d’un enregistrement d’un caméscope sur la plage. C’est une catastrophe, donc à éviter.

Tout est pris ensemble ?

Non, il faut les enregistrer séparément et après les mélanger. Quand on va travailler le montage on va faire un son tout travaillé. Mais après viendra une étape qu’on appelle : le montage son et le mixage. On va prendre chaque son séparé pour pouvoir les travailler dans le détail. Les personnes travailleront mieux avec de grosses enceintes dans un studio que moi sur le terrain avec un petit casque sur les oreilles.

Tout à l’heure, tu étais assis à une console. Tu avais devant toi un petit écran avec des barres de volume de chaque micro.

Oui j’étais assis devant le magnétophone et les barres c’est des volumétries. Avant un magnétophone c’était très basic et maintenant c’est relié à un ordinateur qui enregistre des fichiers au format WAV. Mais cet ordinateur pour être fonctionnel n’a plus le look d’un ordinateur. On y trouve un écran, un clavier. Il y a aussi des boutons qui tournent et des tas qui se poussent et qui se tirent. Ils servent à régler le volume de chaque piste de chaque source qu’on enregistre séparément et qu’on remélange pour enregistrer ensuite les sons groupés.

J’ai vu aussi que tu avais le scénario et que tu annotais des choses dessus.

Oui il faut être très à cheval sur le texte et suivre la scène. Ne serait-ce que pour savoir quand il faut ouvrir le micro du comédien qui va parler. Il faut voir s’il n’y a pas trop d’erreurs et de non-sens. Parfois on se laisse avoir et on laisse passer un texte qui n’a pas tout à fait le même sens. Ce qui est amusant parce que je suis un ancien bègue. Quand j’étais petit je bégayais et on ne comprenait rien de ce que je disais. Autour de moi on disait : « Il n’aura jamais son BAC ». Puis la médecine a fait des progrès. Les orthophonistes ont réussi à bien me faire parler à l’âge de 20 ans. Alors que quand j’avais 5 ans ils n’y arrivaient pas. Et maintenant, je m’occupe de la voix des autres. C’est marrant (rires collégiaux).

Comme quoi rien n’est impossible. Tu as sur le tournage un rôle décisionnaire ?

Je dirais plus de conseil. Je fais des propositions. Quand une phrase n’est pas audible tout ce qu’on peut faire c’est la refaire. Et le tout est de savoir où on peut placer son exigence. A partir de quand ça va passer ou à l’inverse il faut refaire la prise. En plus de ça, le temps est très important et compté. C’est un peu la bagarre à savoir qui peut prendre un petit peu de temps pour lui. Ici, j’ai quand même Sylvie Ayme la réalisatrice qui me chapote et à qui je demande pour refaire une scène. Mais c’est quand même elle qui dirige les comédiens. On ne va pas empiéter sur le travail de l’autre. On donne des indications au metteur en scène qui va les utiliser à bon escient ou pas s’il n’y a pas le temps.

Et après au son, on a toujours la possibilité de refaire la prise de son. Il y a une étape qui s’appelle la postsynchronisation. On s’installe à la barre confortablement dans un auditorium avec un micro devant le comédien. Dans des conditions techniques parfaites mais désastreuses au niveau artistique. Ce n’est pas facile d’exprimer des sentiments quand on se trouve dans le noir devant un écran et faire semblant. C’est très difficile ainsi. Comme le disait un grand monsieur : « L’art de jouer c’est faire croire à l’autre que c’est vrai ».

Après « Meurtres sur les îles du Frioul », un autre tournage de prévu ou en pause ?

Alors non, je participe au tournage de la série « Alex Hugo » qu’on fait beaucoup sur Marseille. Entre les films on fait un petit peu de magazines, de documentaires ou de petites émissions.

Tu peux faire d’autres choses en fait ?

Oui mais c’est un autre métier. Il y a beaucoup d’autres métiers dans le son. Il y a des gens qui travaillent sur des films. Ils y en a qui exercent sur des plateaux de télévisions. Des personnes qui travaillent à la radio ou en sonorisation pour les spectacles. D’autres qui travaillent dans un studio d’enregistrement sonore. On est tous ingénieur du son mais on a notre spécialité. Si on me mettait en radio, j’aurais l’air d’un « con » parce que je ne connais rien du tout. Et inversement pour quelqu’un de la radio à ma place, il aurait du mal aussi. Chacun à son propre métier. Je sais faire ingénieur plateau télé, j’y ai un peu touché mais je ne suis pas spécialisé là-dedans. Dès que je suis en direct je ne suis pas à l’aise et je transpire à grosses gouttes.  Ce n’est vraiment pas ma tasse de thé (rires).

Tu as Matthieu Corso en stagiaire sur le tournage. Tu lui demandes des choses en particulier ?

J’essaie. Je respecte totalement les stagiaires. Ce sont des gens qui viennent à l’œil donc si on ne leur donne pas ce qu’ils ont besoin et ce qu’ils viennent chercher ça s’appelle de l’esclavage. On est quand même en 2021 donc il n’est pas questions d’avoir des esclaves (rires collégiaux). Je m’emploie à lui donner autant de temps que je peux.

 

Je vois. Il prépare des choses et t’aides.

Oui c’est vrai. Ce n’est pas la première fois que je l’ai. Le matin il sait me préparer mon matériel. Il me fait gagner du temps et m’apporte du confort. Et par ce biais du temps que je peux lui consacrer.

Merci beaucoup Patrice.

Merci à toi.

C’est ainsi que se termine l’interview de Patrice, ingénieur du son sur le tournage de « Meurtres sur les îles du Frioul ». C’était un échange riche sur son métier.

Pour la suite de la semaine spéciale, dans les coulisses d’un tournage, vous pourrez lire demain l’interview d’Alexandre, accessoiriste.

 

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