Interview d’Alain Giresse pour son livre “Né pour jouer” !

Il est le plus toulousain des bordelais, à moins que ce ne soit l’inverse. Installé depuis longtemps maintenant en banlieue toulousaine, on ne présente plus Alain Giresse, légende du foot français. Elu à 3 reprises meilleur joueur français de l’année, Champion d’Europe 1984 avec les Bleus, 2ème au Ballon d’Or 1982, double champion de France et vainqueur d’une Coupe de France, 47 sélections en Bleus, chevalier de la Légion d’honneur, 2 montées à son palmarès de coach avec le Tef. Et désormais auteur d’un livre ” Né pour jouer”, co écrit avec Dominique Severac aux éditions Robert Laffont. L’occasion pour Damien, autre milieu de terrain soyeux, de partir à la rencontre de Gigi, pour retracer un peu le parcours décrit dans le livre .

Bonjour Alain, je vous propose de retracer  le parcours de ce que l’on peut lire dans cet ouvrage . Avec dès le départ un destin tout tracé au vu de l’héritage familal : visiblement ça sera la charpente ou le football,n’est ce pas ?

Absolument, mais cela s’est fait sans aucune pression parentale, mon père qui était un passionné m’a emmené à une détection des Girondins, moi ça me parlait pas trop, mais la détection s’est bien passée et j’étais convoqué dès le dimanche suivant pour jouer. Après mon CAP ils ont dit à mon père que je devais venir m’entraîner tous les jours, mon père a accepté en sachant que si ça marchait pas j’avais toujours l’option de revenir travailler. En tout cas mon père ne m’a jamais mis de quelconque pression, tout s’est enclenché en douceur.

Après l’entrée chez les Girondins tout va très vite pour vous puisque vous intégrez rapidement le groupe pro

Cela a surpris mon père que je sois appelé si tôt. A cette époque la situation était difficile aux Girondins et l’entraîneur avait envie de tenter des trucs, il s’est dit “on va essayer ce jeune” et en l’occurence c’était moi et je n’en suis plus jamais sorti. J’ai bénéficié un peu d’un concours de circonstances et j’ai su saisir ma chance .

Les débuts ont été difficiles avec le public girondin,avant que vous en deveniez une idole. On perçoit pas mal dans le livre un côté rebelle de votre part, qui s’exprime aussi à l’encontre de vos entraineurs.

Pas au tout début ou je bénéficiais encore de la clémence dûe à ma jeunesse et à mon côté “local” mais après oui, j’ai eu un petit relâchement, j’ai fait moins d’efforts et j’ai été rattrapé par l’exigence du public. En tant que jeune on croit parfois être arrivé alors qu’on est pas encore au maximum de son potentiel. On ne mesure pas toujours ça étant jeune. J’ai relevé les manches et renversé la vapeur avec l’aide de tout le monde. Avec les coachs pareil, j’avais du mal à accepter la critique, mais j’ai compris la difficulté de leur rôle et ce qu’ils pouvaient m’apporter.

Avec les Bleus aussi, première selection et puis plus rien pendant 3 ans,avec un non sélection pour la Coupe du Monde 78 en Argentine. Vous avez pensé que le train était passé ?

Non pas de suite, les Girondins jouaient le maintien et ça ne facilitait pas les choses . En 1978 il y a Jean Petit, champion avec Monaco, Claude Papi, finaliste avec Bastia de l’UEFA.  A partir de 78 Bordeaux gravit les échelons et je reviens en 1981,je me suis dit que c’était le moment de ne plus repartir. Nouveau concours de circonstances en 81 lors d’un match aux Pays Bas ou Platini ne joue pas, je fais un bon match, les hollandais ont été mes meilleurs commerciaux en vantant mes qualités auprès de la presse. Et après c’était parti !

Puis vous revenez et il y a le chef d’oeuvre de 1982 avec ce match mémorable de Séville. Votre plus grand souvenir ?

Oui assurément, une pièce de théâtre que même le plus grand scénariste ne peut pas écrire. Il y a tout eu dans ce match, absolument tout. J’ai mis très longtemps à pouvoir le revoir et àen reparler. A 3-1 pour nous j’éteignais la télé. Ce match a marqué la mémoire des gens, quasiment pas un jour sans que l’on m’en parle,tout le monde se souvient des émotions que cette rencontre a provoqué . Heureusement le titre de 1984 est arrivé après, mais cela n’efface rien .

Après ça, sans doute l’étape la plus diffcile sentimentalement, quitter Bordeaux pour Marseille. Un crève coeur à tel point que la 2ème année vous préférez ne pas jouer le match qui oppose l’OM à Bordeaux

Oui, très très dur. Les gens ne comprenaient pas que je quitte un endroit que j’aimais, que ça me fasse mal de le faire mais que je parte quand même . Mais j’en avais besoin. Toutes proportions gardées, ça me rappelle la conférence l’été dernier avec Messi en larmes,déchiré de quitter Barcelone, mais qui n’en a pas vraiment le choix. Alors effectivement, la première année quand je reviens avec Marseille et que je vois le traitement de faveur qui m’est reservé par mes anciens coéquipiers ça m’a touché,et la deuxième année j’ai préféré être honnête et dire que sentimentalement ça m’était impossible de jouer contre Bordeaux, et Mr Tapie l’a parfaitement compris et accepté.

On a perdu il y a peu ce grand président, Mr Tapie,qui vous a fait venir à Marseille. Vous qui arriviez dans son club avec un statut, quels ont été vos rapports avec lui ?

Très bons, j’étais un des seuls à l’appeler Mr Tapie quand tout le monde l’appelait Bernard. Il a insisté pour me ramener à Marseille et je savais qu’il ne lâchait jamais rien . J’ai en mémoire une causerie d’avant match lors de mon retour à Bordeaux avec l’OM. Il dit au groupe: ” Les gars vous savez ou on est aujourd’hui ? A Bordeaux ! Alors vous savez que c’est un match important ! Mais c’est encore plus important pour Alain, alors je vous demande de le gagner pour lui”

Ensuite vient l’étape du coaching, avec des débuts sous les couleurs du Téfécé, racontez nous un peu cette étape.

Courbis se fait virer et je prends la suite, étant déjà dans l’entourage du club en tant que directeur sportif. Ca se passe bien puisque je fais deux montées entrecoupées d’un passage éclair à Paris. Ce furent de bons moments au Téfécé avec des joueurs que je prends encore plaisir à revoir! ( le hasard a fait que deux anciens joueurs du Tef: Yannick Rott et Donald Sié venaient ce jour là voir leurs fils jouer contre Balma, lieu de l’interview, on a pu mesuré l’immense respect qu’ils portaient à leur ancien coach) . Après il y a la proposition de prendre l’Equipe de France après la Coupe du Monde 98. J’ai écouté les arguments mais je ne me sentais pas prêt,c’est comme ça, c’est la vie …

Après une première expérience de sélectionneur en Géorgie vient la découverte de l’Afrique. Qu’y avez vous trouvé pour tomber à ce point amoureux de ce continent ?

Déjà j’y ai fait des rencontres fantastiques sur le plan humain, des amitiés qui perdurent encore aujourd’hui . Je suis arrivé dans des pays ou toute la structuration était encore à faire, je me suis attelé à le faire. Au Gabon, au Mali j’ai du gérer des choses qu’un sélectionneur ne fait pas habituellement,comme éditer les billets d’avions de mes joueurs pour leurs déplacements ou stocker le matériel d’entraînement chez moi . Ce joyeux désordre ne me correspondait à priori pas mais j’y suis allé à l’instinct et j’ai pris un plaisir énorme dans chacun des pays que j’ai dirigés.

Aujourd’hui on perçoit chez vous une envie de retrouver un banc. Plutôt en club ou en sélection? Priorité à l’Afrique encore ?

Je ne suis fermé à rien, mais c’est vrai que j’aimerai retrouver un challenge. Si c’était en club , il faudrait que ce soit par ici, en France de préférence. Et puis si c’est une sélection qui se présente oui, sans doute en Afrique. Tout est ouvert, je suis  à l’écoute !

Enfin,on ne peut pas ne pas vous le demander. On vous sait habitué du Stadium , quel est votre regard sur cette équipe que beaucoup voient remonter en Ligue 1 à la fin de la saison 

Oui, déjà ce n’est pas passé loin l’an dernier et cette année ça semble bien parti . Il y a un milieu très fort qui équilibre bien l’équipe, d’autres joueurs qui montent en puissance, c’est plutôt bien. J’aime bien le petit Ngoumou . Je pense que ça va le faire . On a encore vu la superbe réaction de l’équipe et le but d’Healey à Paris hier . Mais je constate aussi que derrière ça s’accroche et ça lache pas, alors on en est à 1/3 du championnat, avec une seule défaite ,c’est un révélateur intéressant et c’est beau de faire la course en tête. Donc je dirai que je suis confiant pour la remontée mais que ça ne sera pas la partie de plaisir que certains semblent vouloir nous vendre .

Né pour jouer, par Alain Giresse et Dominique Severac, Robert Laffont, en vente dans toutes les librairies.

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