Rencontre de l’incroyable Patrick Borg la voix de Sangoku et David Boreanaz de Buffy contre les vampires au Popcon Toulouse. Retrouvez-le au Popcon Narbonne le 25 et 26 mai.

Nous continuons de vous livrez avec Gaëlle les interviews des invités du Popcon de Toulouse. Et là c’est un grand nom du doublage Patrick Borg qui incarne avec Brio le héros légendaire « Sangoku ». Ce comédien de renom est aussi la voix de David Boreanaz, le séduisant « Angel » dans « Buffy contre les vampires ».

Vous êtes depuis plus de 30 ans la voix de Sangoku dans le dessin animé Dragon Ball Z et les films dérivés.

Oui tout à fait c’est assez incroyable d’incarner ce personnage et de vivre ses aventures avec lui.

Vous criez vraiment pour les combats et les attaques de Sangoku ?

Oui, d’ailleurs dernièrement sur le doublage du dernier film « Dragon Ball Super Broly », MarK Lesser et moi-même on a crié pendant deux jours continuels. C’est vrai qu’à force c’est très fatiguant pour la voix. Ce qu’il faut souligner c’est que l’on se doit de protéger notre voix parce que le lendemain on va enregistrer autre chose et si on arrive avec la voix cassée ou la voix blanche ce n’est pas possible.

Votre voix c’est votre outil de travail ?

Un petit peu oui. Je me casse une jambe cela ne m’empêche pas d’enregistrer. Pour jouer au théâtre c’est compliqué mais pour le doublage ça ne va pas me poser de problème.

Justement vous parliez du film Dragon Ball Super Broly, comment vivez-vous l’engouement autour du film, particulièrement lors des avants premières ?

Oui, on a été invité au Grand Rex, on a fait aussi des séances de dédicaces. On est toujours reçu avec beaucoup de gentillesse avec des gens qui me disent : « Patrick tu es la voix de mon enfance, j’ai grandi avec ta voix ». Comment ne pas être touché par des personnes qui vous disent aussi : « Je t’adore, je rêvais de te rencontrer, c’est génial de te voir en vrai ». Mais aussi « Oh tu es la voix d’Angel de Buffy contre les vampires tu lui donne vie »! Je ne vais pas les envoyer balader c’est toujours sympathique (rires). Mais moi je leur dit toujours : « Si on est là c’est aussi grâce à vous ». Je veux dire que si un comédien joue dans sa salle de bain même de façon extraordinaire sans public on est rien. Nous n’existons que parce qu’il y a un public, que ce soit pour le théâtre, la télévision, le cinéma…

Vous venez de parler de Buffy contre les vampires. Vous êtes la voix de David Boreanaz dans Buffy contre les vampires, Angel, Bones aussi…

Bones en effet, et maintenant Seal Team dont j’ai déjà doubler une saison l’année dernière et là je suis sur l’enregistrement de la deuxième saison.

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Justement David Boreanaz enchaîne les rôles différents. Vous arrivez à vous adapter ?

S’adapter c’est notre métier. Un jour que ce soit en voix, au théâtre ou au cinéma on peut faire le rôle d’un très gentil et le lendemain jouer un rôle de sérial killer. C’est ce qui est amusant ce métier de comédien on l’a choisi, comme le disait Patrick Poivey en conférence, parce qu’on peut se le permettre, on se doit d’incarner au mieux le personnage. C’est quoi un bon comédien ? C’est quelqu’un qui arrive à faire bien semblant. Il va vous faire croire qu’il peut vous faire peur s’il est dangereux, qu’il peut vous faire croire à l’amour en fait à n’importe quoi et c’est ça qui est amusant. On a tous choisi ce métier. Etant enfant on a tous, petite fille ou petit garçon, jouait un personnage, des héros qu’on avait vu dans des films ou dans des dessins animés. Moi à mon époque on jouait beaucoup aux cowboys et aux indiens. Pourquoi ? Parce qu’il y avait beaucoup de westerns à la télévision. Chaque enfant l’a fait sauf que nous comédiens on a continué (rires collégial). On a pas grandi, nous sommes restés des grands enfants !

Vous découvrez avant tout le monde la suite des séries ou des films…

Oui bien sur. Alors en même temps ce que je dis beaucoup au gens c’est qu’à cause des libertés des comédiens on est pas tous ensemble pour l’enregistrement. Il y a des moments on va enregistrer seul sans le partenaire qui nous donne la réplique.

Vous regardez le résultat après ?

Non. On a tellement l’habitude d’en faire et puis si je suis seul et que je réponds je vais quand même lire le texte de mon ou ma camarade. Je vais d’abord lire avant de répondre… Et en premier lieu nous écoutons l’anglais donc je sais l’intonation de la voix si elle est forte ou non et la façon dont il le joue. Il faut toujours se référer à l’original. Nous on essai en tant que comédien avec beaucoup de pudeur et de réserve de se caler tout simplement, de retrouver en langue française l’émotion de ce qu’on a à l’image. En fait de l’acteur parce que c’est lui qui a tourné le film et qu’on est pas là pour trahir son jeu mais pour essayer d’être au plus proche de ce qu’il a fait. C’est la seule prétention qu’on puisse avoir c’est à dire inspirer et expirer en même temps que lui, avoir les même hésitations. On se doit de regarder l’image et de jouer le texte.

Vous vivez les mots et les actions du personnage ?

Oui, s’il est en train de se baisser il va y avoir un mouvement donc il faut le jouer. Et s’il est entrain de courir et bien on ne parle pas de la même façon que si on est assis dans un fauteuil. Voilà c’est tout ça sauf que nous on doit être face à un micro fixe parce que si on part sur les côtés, l’ingénieur du son n’a plus le même son pour son mixage donc on se doit de rester statique et face au micro. On doit tout en restant ainsi faire entendre dans notre voix le mouvement de l’acteur si par exemple il se bat comme l’essoufflement donc on joue tout ça sans gigoter dans tous les sens (rires).

Que diriez-vous à un jeune qui voudrais devenir comédien plus spécifiquement dans le doublage ?

On est pas spécialisé dans le doublage. On devient un comédien. Il se trouve qu’après des gens vont nous appeler soit pour la pub ou la radio parce qu’ils nous ont vu jouer au théâtre ou tourner. Voilà ça se passe comme cela.

Il faut faire le chemin en tant que comédien et voir après…

Il y a des gens qui me disent: « Je rêve de devenir doubleur » ! Je leur réponds que « doubleur » ne veut rien dire, et je leur répète tout le temps que ce qu’on appelle « doubleur » ce sont les sociétés de doublage qui emploie des comédiens pour réaliser le doublage de leur film ou de leur série. Le conseil que je peux leur donner c’est que dans chaque ville française il y a un conservatoire d’art dramatique. Il faut commencer par prendre des cours et travailler. C’est comme si on voudrait devenir violoniste cela demande du travail et de l’investissement il ne suffit pas d’acheter un violon, et c’est pareil pour le dessin, la sculpture… Tout s’appends rien ne s’invente et pour être comédien c’est pareil. J’ai commencé j’avais 10 ans donc ça fait 52 ans que je fait ce métier et j’apprends tous les jours. On a tout le temps quelque chose à apprendre l’émotion du personnage qu’on va joué dépendant de la direction que le metteur en scène souhaite donner car d’un metteur en scène à l’autre ça change beaucoup. Le plus dur pour un comédien c’est d’être en désaccord avec le metteur en scène et là c’est très compliqué et juste pas possible. Notre vision du texte est complètement différente et c’est épouvantable pour jouer.

Votre fils suit vos traces ?

Oui depuis 5 ans maintenant.

Comment a-t-il commencé ?

Yoan a commencé à faire un peu de doublage quand il était enfant. J’ai fait de la direction artistique pendant une dizaine d’années pour le doublage et Yoan étant enfant m’a dit : « Tu sais papa si un jour tu as un film j’aimerais bien essayer ». Il n’y a pas d’enfant dans le doublage mais il peut y avoir une nature à le devenir et on va les essayer sur un personnage où il y a déjà un enfant qui joue. Yoan a donc débuté avec moi et un jour à 12 ou 13 ans il me dit : « Papa, je peux plus ! » à quoi j’ai répondu « Attends Yoan je ne vais pas convoquer d’autres enfants pour le rôle de ce petit garçon que tu dois doubler. Donc là tu ne peux pas me laisser dans l’embarras ». Il a eu un espèce de trac donc je l’ai rassuré en lui disant de ne pas s’inquiéter et que j’allais attendre que tout les comédiens partent pour rester avec lui et l’ingénieur du son pour l’enregistrement. Il l’a fait puis après la séance il m’a confirmé qu’il ne voulait pas continuer. Je lui ai répondu que peu importait le travail qui choisissait boucher, artisan, du moment qu’il soit heureux je le serais aussi.

Donc il a changé d’avis ?

En fait je ne le savais pas c’est un de mes amis et un grand du doublage Christophe Lemoine qui donne sa voix à Matt Damon ou encore Cartman dans South Park qui me l’a dit. J’ai tout de suite parlé avec Yoann en lui disant que s’il avait besoin j’étais là. Le pauvre n’osait pas me dire qu’il voulait refaire du doublage vu sa dernière expérience. Je l’ai assuré de mon soutien pour le rassurer mais je lui ai dit que c’était à lui de faire ses preuves comme quand on apprend à nager à un enfant et qu’il veut traverser par la suite traverser une rivière à se battre contre le courant par sa propre volonté.

Merci beaucoup de nous avoir accordé de votre temps.

Mais de rien, c’était avec plaisir.

Merci à l’équipe du Popcon Toulouse surtout le pôle presse qui nous a permis d’interviewer cet immense comédien.

N’hésitez pas à vous rendre au Popcon de Narbonne pour le rencontrer et partager une des nombreuses anecdotes sur son métier. Rendez-vous au parc des expositions, 74 Avenue Maître Hubert Mouly à Narbonne le samedi 25 et 26 mai 2019.

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