Confidences d’Aurélien Wiik au Festival des Créations Télévisuelles de Luchon

Lors de la 22ème édition du Festival des Créations télévisuelles de Luchon Aurélien Wiik avec Annelise Hesme, représentaient le téléfilm “Le Canal des Secrets” diffusé en avant première aux festivaliers.

Bonjour Aurélien Wiik, merci de nous accorder un peu de votre temps.

Bonjour, c’est un plaisir.

Aurélien, est-ce que vous vous souvenez de votre tout premier jour sur un plateau de tournage ?

Oui tout à fait. La toute première fois c’était pour “Les nouveaux exploit d’Arsène Lupin”, une série avec François Dunoyer qui jouait Arsène Lupin. J’interprétais un enfant de la DASS qui se prenait pour le fils d’Arsène Lupin et qui volait des bijoux dans un hôtel. Ce vol va mettre tout le monde en danger vu que j’avais pris pour cible sans le savoir des gens pas fréquentables. C’était assez marrant. Je me souviens bien du premier jour c’était dans le quartier de la Croix Rousse dans une espèce d’école et on était habillé comme en 1930. On faisait des élèves et on venait me chercher à l’orphelinat.

Vous avez une bonne mémoire.

Oui je peux même vous dire que c’était le 1er mars 1993.

Devenir comédien c’était dans vos gènes ?

Ma mère a été comédienne dans les années 60. Elle chantait aussi, ma mère faisait des opérettes et présentait des spectacles à l’Olympia. Mais moi quand je suis né elle avait déjà arrêtée. Mes parents avaient un restaurant à Paris. Il y avait des artistes qui venaient le soir. Ils faisaient la fête jusqu’à pas d’heure et il y avait des mecs qui venaient faire des sketchs chez eux et qui passaient le chapeau dans le restaurant. J”ai vu les adultes jouer et j’ai eu envie de faire pareil. A l’âge de 7 ans je suis monté sur scène pour reproduire des trucs que j’avais vu à la télévision, et je ne suis jamais redescendu de scène.

Et vous continuez encore aujourd’hui.

Mes 7 ans c’était il y a 32 ans. J’ai fait pas mal de chemin depuis et je ressens énormément de plaisir et je ne compte pas m’arrêter. Je me souviens que les artistes quand j’étais sur scène n’osait pas passer le chapeau. J’ai donc fait mes sketchs et j’ai passé le chapeau et à la fin ils ont partagé avec moi. En plus j’avais de l’argent (rires).

Vous êtes même apparus dans des clips dont un je me souviens très bien celui des L5 “Toutes les femmes de ta vie” ?

Oui le réalisateur Xavier Gens m’avait contacté par la cousine d’une amie d’un pote. Il faisait beaucoup de clip à l’époque et m’avait repéré dans “Chaos” le film de Coline Serreau.

Il avait écrit le clip en pensant à moi et quinze jours avant le début du tournage il a réussi à me joindre. Je regardais Popstar avec mes potes et on se rejoignais tout les weekends pour voir l’émission. Xavier Gens m’a demandé de ne parler à personne de ma participation au clip, j’ai signé un contrat de confidentialité. Je savais avant tout le monde qui avait gagné et je n’ai rien dit à mes potes. Le soir de la finale j’étais devant la télévision comme d’habitude avec eux et on a regardé l’émission et découvert qui avait gagné. Et là dans l’émission ils disent que la première chanson arrive dont le premier clip. Je vous laisse imaginer la tête et les bonds que mes amis ont fait en me voyant à l’écran.

Ils ont dû être vraiment surpris mais content pour vous.

Tout à fait, surtout à la fin de l’émission il y avait une soirée dans Paris et j’y suis allé avec mes amis. j’ai de très bons souvenirs. Les filles étaient vraiment adorables, contente d’être là et très professionnel. J’ai collaboré une nouvelle fois avec Xavier pour un court métrage “Au petit matin” qui m’a valu des prix d’interprétation dans le monde entier. on a aussi fait “Frontière(s)” ensemble.

Justement “Frontière(s)” est un très beau film d’horreur.

Oui avec Xavier après le court métrage on est parti sur ce projet, un film de genre . Je trouvais que c’était un film très abouti. Je me doutais que ça ne marcherai pas trop en salle en plus le film était interdit au moins de 18 ans. mais les gens par la suite l’ont regardé à la télé, téléchargé même avec la restriction. Ce qui est marrant c’est qu’après je suis parti au Etats-Unis, un mois après mon arrivée, j’ai acheté de la peinture au Home dépôt et le mec qui vendait la peinture me dit “je suis certain que je connais votre tête”. Je lui réponds “Ah non je ne crois pas”. Il insiste en me disant “Vous êtes acteur” ? Je lui dis que oui. Il me demande “Quel genre de film” ? Je lui explique que se sont des films français  et il ajoute qu’il en regarde un peu et me demande quoi comme film. Je lui dit qu’en ce moment il y a “Frontière(s) qui est diffusé. Là il me regarde et s’exclame “Oh j’adore ce film, c’est mon film préféré de cette année” ! C’était super, je venais d’arriver à Los Angeles et il y avait déjà quelqu’un qui avait vu un de mes films (rires).

Pouvez-vous nous parler de ce séjour à Los Angeles ?

A la base je suis parti pour fuir une histoire d’amour qui me faisait du mal et j’avais envie de voir comment fonctionner l’industrie du cinéma américain. Mon premier casting était pour “Somewhere” de Sofia Coppola et je l’ai eu. Après ça a été la course et une aventure de dingue pour que je réussisse à avoir un Visa pile avant le tournage. J’avais menti car j’avais dit que j’en avais un.

Donc là le timing était très serré.

Oui j’ai eu mon Visa quarante huit heures avant le tournage. Deux jours avant j’étais encore à l’ambassade à Paris entrain d’attendre l’obtention de mon sésame. J’étais persuadé que je ne l’aurais pas et que j’allais me griller. Et voilà j’ai passé trois ans et demi là-bas. Cela prend du temps pour faire des castings. On me proposait des rôles d’européen ou du français qui couche avec tout le monde ou qui parle beaucoup trop, le clichés absolu (rires collégiaux).On me proposait pas mal de castings et j’ai enchainé en France avec les séries “L’Epervier” et “Inquisitio”.  

Je n’ai donc pas renouvelé mon Visa et je suis rentré. Je pense que j’étais trop jeune et pas près surtout. Aujourd’hui avec tout ce que j’ai tourné j’ai vraiment un panel à proposer aux américains. J’ai même tourné dans des films en Amérique du Sud. Et les réalisateurs m’ont donné des rôles vraiment de cinglés. Je pense que maintenant je peux tourner aux Etats-Unis. C’est un peu comme Javier Barden qui a des rôles un peu fous que les américains ne savent pas trop interpréter. Je pense que si je peux avoir une porte d’entrée c’est celle là donc je vais y retourner dans pas longtemps avec une bonne bande démo.

On ne peut pas passer à côté de votre jeu dans la série “Le bazar de la charité”. Elle est tirée d’un fait historique. Vous qui aimez les films d’époque.  Comment êtes-vous arrivé sur ce fabuleux projet ?

J’adore ça en plus à ce moment là, je jouais Napoléon sur scène. Je devais tourner une série pour M6 avec la même production. Mais ils ont changé de décors de tournage donc ce n’était pas possible pour moi. Cela devait se passer à Bruxelles, où je pouvais faire l’aller retour dans la journée et en fait ça a eu lieu dans le Sud de la France et je ne pouvais pas m’y rendre. Tout le monde était très embêté de m’avoir fait une fausse joie. Comme on s’entend bien avec cette production et qu’ils voulaient travailler avec moi et moi aussi, la productrice m’a dit qu’elle me verrait bien sur quelque chose qu’ils vont tourner bientôt et que le réalisateur m’aimait beaucoup et qu’il m’y verrait aussi.

La productrice c’est Iris Bucher n’est-ce pas ?

Oui tout à fait et le réalisateur est Alexandre Laurent. et donc elle m’a proposé ce projet en me disant que c’était un rôle avec moins de jours mais que j’étais le bienvenu. La série était vraiment super et en fait je sais que j’ai gagné aux changes. Je pense que le destin devait me mettre sur cette route là ! Une équipe avec laquelle j’ai très envie de retravailler.

Vous formez un très beau couple avec votre partenaire à l’écran. Comme nous le disait Julie de Bona vous êtes le couple à l’écran du début à la fin de la série et dont les épreuves renforce l’amour entre vos personnages de Rose et de Jean.

C’est de l’amour pur parce que Rose et Jean n’ont pas d’argent et ils essayent de tout faire pour être ensemble. C’est des domestiques, des gens qui veulent rester à leur place et qui sont déjà très content d’être dans des familles qui se comportent bien avec eux. Oui, c’est la plus belle histoire d’amour de cette série. En plus il y a une vraie rencontre avec Julie. Une rencontre de travail, on avait la même manière de travailler de manière très précise. Pour pouvoir mettre les sentiments là où il faut, il fallait qu’on soit très précis aussi. Dès la première scène on a compris qu’on travaillait de la même façon, ça fait du bien vu que ce n’est pas toujours le cas. C’est d’ailleurs comme ça qu’on a construit cette histoire qui n’était pas aussi forte à l’écrit. Elle était présente mais pas aussi intense. L’histoire et les liens de Rose et Jean ont pris forme par notre complicité avec Julie et avec l’aide d’Alexandre Laurent le réalisateur. Plus l’équipe nous voyait tourner plus les membres transformaient l’écriture.

Le scénario a été modifié pendant le tournage ?

Oui quelques scènes ont été modifiées et le personnage de Jean qui était plus secondaire et devenu plus charismatique par notre manière de travailler et de jouer. Jean a pris beaucoup plus l’importance. On suit vraiment leur histoire, on se demande ce qui va arriver. Dans le scénario c’était plus centré sur Rose.

Alors que là on voit les deux côtés.

Oui il y a quelque chose qui n’était pas écrit c’est le fait qu’il croit que sa femme est toujours en vie. Jean ressent à l’intérieur de son ventre et de ses tripes et de son cœur qu’elle est là.  Comme une mère avec ses enfants. Lui avec sa femme ils sont tellement soudés et ils s’aiment vraiment. Il sait que son cœur  bat encore, il sent quand il s’en approche. Quant on joue à chaud ou froid, il sent qu’il est proche ou qu’il recule. Il sent qu’il y a encore une flamme quelque part. Et c’est ça qui a été transformé, ce qui donne beaucoup d’humanité à cette histoire, je pense. Et que les gens ont envie qu’on se retrouve.

Nous sommes au Festival de Luchon, vous êtes ici pour présenter “Le Canal des Secrets” qui est en compétition cette année ?

Exact, on est venu présenter “Le Canal des Secrets” qui est un téléfilm pour France 3 (diffusé le 11 février à 21h05). On l’a tourné autour du Canal du Midi dans le Lauraguet, près de Toulouse en août et septembre 2019. C’était vraiment super, à cheval sur les deux mois. Magnifique région, des gens vraiment très sympa.  Le réalisateur Julien Zidi avec lequel je n’avais jamais tourné. J’ai retrouvé Annelise Hesme avec qui je n’avais pas joué depuis “Inquisitio”. Pareil j’ai une relation particulière avec Annelise où on s’apprécie beaucoup. Pourtant dans la vie et dans le travail on a chacun notre espace on ne se voit pas trop souvent, mais en même temps quand on fonctionne ensemble il y a du feu, de la tension. J’aime beaucoup travailler avec elle. là c’était un peu compliqué sur le tournage car on est sensé ne pas trop s’apprécier? C’était dur car on s’apprécie énormément.

Ca devait être difficile de garder cette distance et cette froideur entre vos deux personnages ?

Oui c’était vraiment bizarre et étrange. On se demandait si on allait y arriver parce que c’était plus fort que nous. Mais ça fonctionne bien dans le film. On sent une espèce de tension, de répulsion qui nous tient comme ça pendant l’enquête. On sent des choses naitre petit à petit et je suis assez content du travail qu’on a effectué. Entre le bazar et là, je suis content parce que je suis passé à un jeu plus intérieur alors que d’habitude je suis un peu plus exubérant. Jean est très intérieur et là c’est pareil même si mon personnage en montre un peu plus. C’est plus calme, plus intérieur, plus posé et c’est marrant aussi à jouer. Assez déroutant mais j’arrive à contenir mon envie d’aller vite et je comprime tout mais on sent que ça bouillonne au fond de moi.

Un peu comme un volcan qui veut rentrer en fusion ?

Oui ou une force atomique, et on se demande quand ça va exploser (rires).

Et si je vous demandez de réfléchir à une question qu’on ne vous a jamais poser mais que vous aimeriez qu’on vous pose ce serait laquelle ?

Ah oui, elle n’est pas évidente comme question. J’espère qu’il y a un peu de montage dans votre émission sinon ça va être long (rires)… Heu… alors ce serait : “Comme vous vous entendez bien avec les acteurs et que vous les connaissez bien, est-ce que vous pensez à réaliser des choses” ?

Pas mal comme question…

Et donc pour y répondre : “A la télévision, oui ! C’est en projet”. Un film en Amérique du Sud que j’ai auto-produit  en espagnol, une satire politique. Je commence le montage dans trois semaines.

Oh génial !

Oui, ça traine parce que j’ai beaucoup tourné ces derniers temps. Cela fait un peu plus d’un an et demi et là la post prod commence et l’idée c’est de montrer ce que je sais faire avec des acteurs. Là je l’ai fait dans une autre langue, dans un autre style, et j’espère que ça va bien montré ce qu’il faut. J’étais impatient de réaliser. J’avais déjà fait des courts métrages et des clips. Je vais faire ma première mise en scène de théâtre cette année. Je m’entends très bien avec les acteurs. Je vois très bien les signes chez les gens en général et encore plus chez les acteurs et je suis bien sur les tournages, je connais mon métier par cœur maintenant. J’ai quand même fait beaucoup de choses et vu que je suis curieux je connais pas mal la technique, le plateau, l’humain. Quels sont les chefs de poste, l’intérêt de chaque métier ? J’aime le système de la télévision et je pense que c’est le moment.

Je suis impatiente de découvrir votre premier téléfilm. Merci beaucoup Aurélien de nous avoir dévoiler une part de vous.

Merci beaucoup à vous et bonne découverte à vos lecteurs.

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