Retour avec Catherine Sanchez sur la programmation du Festival Ecran Jeunesse

Catherine Sanchez et son équipe avait la lourde tache de trouver une programmation intéressante pour le 1er Festival Ecran Jeunesse. Mission amplement réussie.

Nous revenons, lors d’une interview avec Catherine Sanchez, sur la conception et le choix de la programmation de cette première édition.

Bonjour Catherine.

Bonjour Vanessa.

Merci d’accepter de répondre à nos questions.

Avec grand plaisir.

Nous sommes au festival Ecran Jeunesse dont vous vous êtes occupés de la programmation ?

Oui, c’est une première mission de programmation donc je découvre. La mission en elle-même est très intéressante surtout en rapport avec les contenus jeunesse. J’ai passé pas mal de temps à regarder des séries-animées, des séries fictions pour les plus jeunes mais aussi les pré-ados et les adolescents. J’ai aussi eu accès à quelques longs métrages de cinéma et de documentaires. Les documentaires ne s’adressaient pas forcément au jeune public, mais traitaient en tout cas d’initiative pédagogique auprès des jeunes.

J’ai découvert aussi ce qu’était les podcasts et c’était un vrai plaisir. J’ai découvert beaucoup de choses et ça m’a permis de me cultiver et surtout de me rendre compte de la richesse des créations pour la jeunesse. Et ça foisonne. Ce sont des contenus riches, très éclectique, un véritable panel

4de qualité. On se laisse vite prendre.

C’est vrai qu’en série animée quand on passe de “Oum le dauphin” à “En Live” c’est assez étendu.

Tout à fait. J’ai une histoire, je ne sais pas si on peut appeler cela une anecdote, mais ça concerne les contenus séries plutôt adressés au 12 ans et + que sont “En Live” saison 1 et 2, ainsi qu’un épisode en particulier de “Dark Stories”. D’une façon personnelle, je ne suis pas du tout cliente de ce contenu. C’est à suspense, on a vite des frissons, en tout cas des sursauts.

Cela provoque la peur ?

Tout à fait. Mais suite au visionnage j’ai été rassurée. Je ne voulais pas que des parents interprète mal la programmation pour leurs enfants. Ce n’est pas si compliqué à regarder, ce n’est pas si violent. Suite à ça j’ai eu de longues conversations avec le co-scénariste Fabien Giurgiu de la série “En Live” et avec le réalisateur de “Dark Stories” Guillaume Lubrano. Nous avons échangés à ce sujet. J’ai été tout à fait transparente avec eux en leur expliquant ma situation, celle que je viens de vous donner. Ils m’ont expliqué l’intérêt de ce genre de contenu pour les adolescents et pourquoi les adolescents aimaient se laisser attirer par ce genre.

Il me semblait pertinent de le proposer au public pour que les gens puisse comprendre la démarche. Et Guillaume et Fabien m’ont expliqué aussi la nécessité d’accès à ces contenus pour les adolescents. C’est à dire pourquoi ils doivent regarder ce type de séries. Il y a tout un débat et une démarche derrière ces séries qui est simplement pour eux que souvent dans la création jeunesse on avait tendance à proposé des mondes un peu trop édulcorés.

Un monde un peu “bisounours” où on minimise les choses ? 

Exactement, très drôle à chaque fois ce qui ne remet pas en cause le contenu, on est d’accord. Mais le pré ou l’adolescent ont du mal à se projeter et à s’identifier. Un adolescent va passer des phases dans sa vie qui vont le confronter à l’abandon, à la mort, à la violence. Ceci pour énumérer les plus mauvaises choses. Ce sont ces thèmes là qui sont repris dans ces genre de séries du style “En live” et “Dark Stories”. D’où l’intérêt de les présenter et que les adolescents puissent les découvrir. Mon idée c’était de proposer des épisodes choisies de ces deux séries et que le public puissent en débattre avec Fabien Giurgiu et Guillaume Lubrano.

De quel sujet traite “En Live” et “Dark Stories” ? 

Au début du festival on a projeté l’intégralité de la saison 1 “En Live” qui traite du sujet d’où se situe la limite et jusqu’où sommes nous capable d’aller pour un moment de célébrité.

Aujourd’hui c’était la projection de l’intégralité de la saison 2 “En Live” (4 épisodes de 5min) qui parle d’un jeu qui se créé à partir d’un réseau social avec une personne inconnu qui impose des règles du jeu et qui peuvent emmener à des situations qui peuvent changer la vie d’un adolescent. c’est porteur d’un vrai message.

Ensuite, l’épisode “Le festin des goules” de “Dark Stories” dont le discours tourné plutôt autour du genre. La manière, la technique utilisé pour faire frissonner, sursauter le jeu des lumières. Et le public à la fin des projections avaient l’opportunité d’échanger avec eux.

On vous sent très investi et vous avez été très touchée un moment à la présentation d’un documentaire “Je fais un rêve”.

Effectivement. J’étais en relation avec le scénariste et producteur Antoine Dabin qui malheureusement pour des raisons dû au contexte général sanitaire n’a pas pu être présent. Dans “Je fais un rêve” on accompagne des enfants très malade qui grâce à une association vont pouvoir réaliser un rêve. L’un de ses enfants malades, Armelle, est décédé l’an dernier. C’est celle qui ouvre le bal de ce documentaire en apparaissant au début du film. Antoine Dabin m’écrit et me dit : “Je ne pourrais pas me déplacer mais j’aimerais beaucoup que vous fassiez une référence à Armelle”. Puis il m’a remercié de permettre à Armelle de vivre encore en projetant le documentaire.

De lui donner vie à nouveau à travers l’écran ?

Exactement, ce qui a fait que l’émotion était déjà là 15 jours  avant la présentation. Le jour de la projection j’apprend que les parents d’Armelle sont présent et qu’ils ont fait le déplacement. Ils étaient donc dans la salle à la présentation et c’est vrai que c’était tout à fait émouvant de se retrouver face à des parents qui allaient profiter de la présence de leur fille en la voyant sur un écran porter ce beau projet. C’était vraiment très émouvant.

Il y a aussi des émissions télé dont une où se sont 4 jeunes femmes dans “Des filles et des règles” ?

Tout à fait. On a souhaité faire concourir “Des filles et des règles” à la compétition des émissions ludo-éducatives. C’est un concept qui est très intéressant puisqu’il s’agit de 4 femmes aux quatre coins du monde et qui ont une chose en commun la langue française. Surtout ce qui est très drôle c’est qu’à travers leur webcam elles communiquent régulièrement au sujet des cycles menstruels. Elles partagent leur culture, les tabous qu’elles rencontrent dans son pays. C’est très drôle, très léger et en même temps c’est un sujet qu’on oubli souvent d’aborder où qu’on cache. J’ai trouvé cela pertinent et intéressant de le proposer à la programmation car c’est une façon comme une autre d’alerter sur le sujet et de parler du sexisme, de la femme.

La projection était partagé avec “Pom-Pom Boys : petite brigade contre le sexisme”. Je trouvais pertinent d’allier les deux sur une même case de projection. Le débat qui a suivi était autour du sexisme.

En présence de la co-réalisatrice de “Pom-Pom Boys”.

Oui avec Séréna Robin la co-réalisatrice. Un débat qui a été très intéressant. Ce n’était pas du tout une visée féministe mais ça mettait l’homme et la femme sur un pied d’égalité. Les hommes apparaissent à l’écran et eux-mêmes défendent des idées et la place est donné tant aux hommes qu’aux femmes dans notre société.

On parle série, émission, documentaire mais aussi cinéma avec une sacrée sélection. 

De très belles découvertes. Une sélection qui ne pouvait présenter que des inédits donc qui limite fortement les choix, mais les films sélectionnés n’ont pas été choisi par dépit. Sur la programmation cinéma, Je me suis imposé un défi celui de proposer un panel le plus large possible en terme de long métrage.

Alors on n’a pas que du long dans la compétition mais aussi un court et un moyen métrage, un spécial qui est “Jean-Michel le caribou et les histoires d’amour interdites”. Il a d’ailleurs fait l’objet du film de la cérémonie d’ouverture du Festival Ecran Jeunesse.

En présence de son réalisateur. 

Oui avec Mathieu Auvray qui en a fait la présentation. J’avais envie de proposer aussi bien de l’animé que du fictionnel en essayant de ravir les petits et les grands. Essayer de proposer pour tous les âges, notamment avec “Wolfy” dédié à un public compris entre 3 et 5 ans. Ce qui n’empêche pas d’avoir été très apprécié par les grands aussi.

Des jeunes de 10 à 12 ans dans la salle qui ont beaucoup aimé. 

De très belles techniques d’animations avec ce court métrage de 17 minutes qui m’a forcément plu et qui je l’espère aura ravi le public et le jury. Il y a eu un belle échange aussi entre le public et Maud Weicherding la distributrice de “Wolfy et les loups en délire”.

Et “Jean-Michel le caribou et les histoires d’amour interdites” avec ses couleurs magnifiques comme ce bleu qui me reste en mémoire. Un bleu tellement magique et qui transporte et puis le personnage de “Jean-Michel” qui est extraordinaire !

Un petit coup de coeur ? 

Avouez qu’il est magnifique !

Oui je l’admets, il est très fort. Je souhaiterais aussi qu’on parle de Wendy qui était en version originale sous-titrée. 

Tout à fait, il était en version originale vu que normalement le film ne sort qu’en décembre en salle et que malheureusement le doublage français ne sera prêt que pour sa sortie au cinéma. le dilemme était soit on ne programme pas Wendy, soit on le programme en sous-titrée français.

Le choix était vite fait sachant que je ne suis pas partie à l’aventure en ayant confirmation du distributeur du film que les enfants de 9 ans pouvaient suivre en sous-titrée, comprendre et suivre l’histoire.  Je suis ravie d’avoir pu proposer Wendy même dans cette version.

C’était une bonne idée vu qu’en primaire on leur enseigne l’anglais et qu’au collège les professeurs leur demande de regarder des films ou séries en version originale sous-titrée. 

Oui, bien que je risque de faire taper sur les doigts vu que c’est l’Union Francophone qui organise l’événement (rires collégiaux). Si je dois proposer des films en anglais évidemment que c’est un peu bizarre (rires). Pour le coup ce n’est pas très pertinent. C’était le cas aussi du film “Les racines du monde” qui était aussi en version originale sous-titrée.

Un film magnifique également avec de très beaux paysages de Mongolie. Des portraits de familles vraiment dans l’intime au plus près d’eux. C’était magique comme film et puis surtout une philosophie extraordinaire. On est vraiment dans le thème du partage, de l’héritage, du rapport à la terre qui m’ont transporté tout de suite.

Je ne pouvais pas ne pas le programmer malgré le sous-titrage. Après pour celui-ci on est sur du 8 ans et +. Je pars du principe que normalement ça ne doit pas poser souci. De toute façon, quand on est à côté de deux pépites que sont : “Les racines du monde” et “Wendy” on fait l’effort et on ferme les yeux (rires).

On peut citer aussi “Fritzi”.Une belle fresque du film d’animation juste avant la chute du mur de Berlin.

Oui c’est également une très belle histoire. Une petite fille de 10 ans, si je dis pas de bêtises, qui se voit confier le chien de sa meilleure amie le temps qu’elle parte en vacances. A la rentrée Fritzi se rend compte que son amie n’est pas revenue et que sa famille a disparu. Elle entreprend de traverser clandestinement la frontière pour retrouver son amie et pouvoir lui rendre son chien.

Elle va pour cela prendre des risques pour passer de l’Est à l’Ouest.

Tout à fait, de gros risques. Et on se situe quelques jours avant la chute du mur de Berlin. Là c’est pareil, Fritzi c’est un vrai choix dans le genre. C’est un film d’animation historique en tout cas c’est de cette façon qu’il est identifié. Bien que le dessin animé est très bien fait c’est le genre qui m’a attiré vers ce long métrage.

Le festival Ecran Jeunesse c’est une événement, tant sur le plan du salon avec les ateliers que sur la programmation au cinéma, qui a l’ambiance claire d’être ludo-pédagogique. Dans les projections on est dans le ludique mais si en plus de ça on peut y inclure une portée pédagogique c’est mieux. C’est ce qui a été un peu mon fil rouge pour la plupart des contenus de la programmation et Fritzi en fait parti.

Prête pour une seconde édition du festival Ecran Jeunesse ?

Alors c’est plus que ça, c’est à dire si on veut encore de moi (rires). Je souhaite forcément revenir. Cela a été un vrai plaisir et une première expérience en programmation avec des retours qui m’ont permis de voir où était notamment les failles et où était les réussites. Les retours ont été très important. J’en ai été assez friande et peut-être même plus des critiques que des compliments qui font toujours plaisir. Mais les critiques constructives vont vraiment me permettre d’évoluer sur ce type de mission et si c’est au seing d’Ecran Jeunesse j’ai déjà énormément d’idées.

Déjà des projets ?

oui, j’ai envie d’approfondir le sens et le pourquoi que l’on peut donner à “Ecran Jeunesse”. Je souhaite vraiment le développer et je sais que les gens avec qui j’envisage ce type de projet sont tout à fait partant. Je crois que l’on partage les même ambitions. Je pense qu’il y a de beaux projets à venir. Mon but sur une deuxième édition serait de laisser un peu plus de place aux jeunes créateurs et faire que le festival Ecran jeunesse, avec tout ses moyens et en toute modestie, puisse peut-être être un tremplin pour ces jeunes talents dans toutes les catégories que l’on a pu rencontrer cette année.

© Gérard Changeux

Ce sont des idées que j’ai, que je partage avec vous qui n’ont pas été abordées au seing de l’équipe (rires collégiaux). Ce ne sont que des ambitions personnelles sur ce projet qui je pense à un bel avenir. On s’adresse à la jeunesse et la jeunesse c’est l’avenir. Il y aura toujours quoi faire et quoi dire. Cela me fait très plaisir de participer à cet événement parce qu’on se sent utile. On espère dans le sens divertissement que un ou deux programme est trouvé son public mais aussi dans le sens pédagogique. Pour ma part, je suis comblée.

Merci beaucoup Catherine.

Merci à vous.

La première édition a fermé ses portes. Mais comme nous l’a dit Catherine Sanchez, elle est déjà prête pour préparer le deuxième volet du festival Ecran Jeunesse. Pour suivre l’avancée et l’actualité de l’équipe d’Ecran Jeunesse rendez-vous sur le site internet ou les réseaux sociaux comme FB.

© Gérard Changeux

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