Interview de Lucas Belvaux réalisateur du film “Des Hommes” actuellement au cinéma

Lors du Festival International du Film de Fiction Historique 2020 à Plaisance du Touch, le film « Des Hommes » était en compétition et projetait en avant-première. Nous avions eu la possibilité d’interviewer le réalisateur Lucas Belvaux juste après sa discussion avec les spectateurs.

Comment avez-vous vécu cette projection avec le public ?

Très bien, enfin je n’ai pas revu le film une nouvelle fois mais la discussion à la fin de la séance était très bien. J’en ai déjà fait 4 ou 5 et à chaque fois je retrouve la même chaleur et que les gens restent pour parler du film. Je n’ai pas encore vu quelqu’un se sauver de la salle (rires collégiaux). J’ai l’impression que les spectateurs sont touchés par « Des Hommes ». Ça leur évoque des choses et ça remue les gens, ils ont envie de partager.

Comment avez-vous procédé pour le repérage. Avez-vous été juste au Maroc ou ailleurs ?

Je suis d’abord allé en Algérie pour voir à quoi ça rassemblait. Mais je savais pertinemment qu’on ne pourrait pas y tourner le film. Après au Maroc on a trouvé quelqu’un sur place en lui expliquant nos recherches et il nous fait des propositions. Ce qui était compliqué c’était de trouver un lieu où faire le poste avancé, le camp militaire dans la montagne. Il fallait qu’il soit accessible à l’équipe de tournage mais aussi atypique et avec cette impression d’être perdu dans la montagne, loin de tout.

Vous disiez tout à l’heure que vous aviez dans vos tiroirs ce film depuis quelques années et que vous aviez pensé tout de suite à Gérard Depardieu et Catherine Frot, mais pourquoi ces choix ?

Le cœur du métier d’acteur c’est l’incarnation. C’est-à-dire donner chair à un personnage de papier. L’émanation de sa personnalité c’est très important même avant de jouer, il y a des acteurs dès qu’ils arrivent à l’écran il y a déjà quelque chose avant même qu’ils ouvrent la bouche. Quand j’ai lu le roman, tout de suite, j’ai pensé à Depardieu. Par son corps, par sa voix, la fureur qu’il peut avoir dans les yeux, cette espèce de colère par moment et de mélancolie il était taillé pour ce rôle.

Pour Catherine c’est pareil, en lisant le livre quand je voyais Solange c’était tout de suite l’image de Catherine qui me venait. Elle dégage à la fois de la douceur, de la mélancolie, une grande force aussi et de la gentillesse.

C’était important pour vous de raconter l’histoire « Des Hommes » qui ont était marqué par ce passé en Algérie ?

Oui, je voulais mettre en avant ce fait que ces jeunes soient partis à l’âge de 20 ans et puis ils sont revenus différents, cassés, brisés. Tous les témoignages des femmes, des mères, des fiancées toutes disent : « On a vu partir un jeune homme joyeux, doux et il est revenu différent ». Ce terme de différent ce n’est pas forcément une question de violence ou d’être méchant, alcoolique ou autre mais que quelque chose à changé en eux. Et après cette différence se traduisait d’une manière ou d’une autre chez chacun.

Une histoire faite de non-dits, de silence et propre à notre histoire.

Oui exactement ceux qui en sont revenus en ont très peu parlé voir pas du tout avec leurs proches. Ils ont gardé pour eux leurs blessures par honte ou peur. Et oui cela fait partie de l’histoire de la France même si beaucoup de cette histoire est méconnue et abordée.

En effet. Vous avez aussi dans votre casting ceux qui incarnent Bernard (Gérard Depardieu) et Rabut (Pierre Darroussin) à l’époque de la guerre d’Algérie, Yoann Zimmer et Edouard Sulpice.

Oui ce sont des jeunes entre 20 et 25 ans qui ne connaissent pas ou peu ce conflit et ça collait parfaitement avec leurs personnages qui découvraient l’Algérie sans se douter que ça les briserait. Yoann Zimmer et Edouard Sulpice donnent vie à ces personnages qui affrontent la dure réalité de la vie militaire.

A quel moment avez-vous pris contact avec Laurent Mauvignier l’auteur du roman ?

La première fois que j’ai lu le livre, il y a 10 ans ! On s’était rencontré, j’avais envisagé d’écrire quelque chose avec lui. On est un peu copain maintenant (rires). Il vit à Toulouse d’ailleurs Laurent.

Que diriez-vous aux gens pour qu’ils viennent voir votre film ?

Je pense que c’est un film qui touche qui adoucit finalement. On a l’impression que c’est un film qui parle de la violence et de la brutalité et même si c’est un peu vrai le plus important c’est qu’il montre les choses différemment. Un regard plus apaisé.

Merci beaucoup Lucas.

C’est moi qui vous remercie.

Projection

Depuis ce mercredi 02 juin 2021 le film « Des Hommes » de Lucas Belvaux avec Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin est sorti au cinéma. A Toulouse vous pouvez le voir au Gaumont Toulouse Wilson, au Gaumont Toulouse Labège, à l’ABC, l’Utopia Tournefeuille, Le Véo Muret.

Synopsis

Ils ont été appelés en Algérie au moment des “événements” en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

La guerre d’Algérie reste encore aujourd’hui un épisode de l’histoire qui divise les deux pays.

Montage photo article : Copyright Yan RB et David Koskas Synecdoche – Artemis Productions

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