Confidences du réalisateur et acteur Olivier Marchal, président du jury de la 7ème édition du Festival International du Film Insolite à Rennes-le Château.

Cette année, Fanny Bastien et Geoffroy Thiebaut ont convié des invités pour la 7ème édition du festival international du film insolite comme Slimane Dazi, Denis Lavant ou encore Benoit Delépine. Le président du jury n’était autre qu’Olivier Marchal ami de longue date des acteurs co-fondateurs du festival. Lors de l’ouverture un cadeau lui a été fait par Fanny et Geoffroy mais aussi Luc Larriba qui admire son travail et lui a concocté un petit documentaire. Nous avons pu recueillir les impressions et les confidences d’Olivier Marchal. Une interview vérité pleine d’émotions.

Bonsoir Olivier, Ce n’est pas la première fois que vous venez à Rennes-le-Château au festival international du film insolite, mais cette fois-ci vous êtes président du jury.

Oui en effet, mais Président du jury c’est une première. Je l’ai fait pas amitié pour mon frangin Geoffroy Thiebaut, mon ami depuis 35 ans. Fanny et lui sont des amis depuis de longues années. Je n’ai pas la prétention de rayonner sur un festival. En fait, c’est l’occasion pour moi de venir partager des moments de plénitude, de paisibilité, de boire des bons vins, de bien manger, de rigoler, d’être autour du cinéma et de rencontrer des gens du métier et d’ici. Et c’est ce que j’ai fait tout au long du festival. C’est une très belle région avec de très beaux paysages. Comme en ce moment, on a juste envie de se poser et d’admirer le soleil s’éteindre pendant 2 ou 3 heures. Je suis très honoré et très touché par la proposition de mes amis.

Lors de la cérémonie d’ouverture, vos amis avaient invité Luc Larriba, qui vous suit depuis quelques années, pour une petite surprise un petit documentaire sur vous.

Oui, je ne m’y attendais pas du tout comme la présence de ma sœur Delphine. Elle a participé au documentaire en procurant des photos dont j’ignorais l’existence. Mes parents sont décédés et c’est ma sœur qui a vidé la maison car j’étais coincé sur un tournage. Je n’ai pas pu le faire vu que j’étais très loin et la pauvre a dû effectuer la sale besogne où Delphine a mis la main sur un tas de photos qu’elle a mis à disposition de Luc. Cela m’a vraiment touché. Après c’est très compliqué de voir un documentaire qui vous est dédié avec de telles déclarations d’amour. On aurait dit un film à titre posthume (rires). J’avais l’impression d’être mort et c’était assez jouissif et j’ai pensé : « Quand je serai mort j’aimerais bien assister à ce qu’on dit de moi comme ça » (rires collégiaux) !

Assister à votre propre hommage ?

Oui (rires). C’est là où on rejoint l’insolite, c’est à dire que j’étais là voyant bien que j’étais vivant, mais j’avais l’impression que les gens parlaient de moi comme si j’étais décédé. Je me suis dit : « Si c’est comme ça quand je serai mort, c’est génial » !

Après cette projection, on vous a vu très ému. Vous aviez même du mal à parler.

Oui, ce qui était très émouvant c’était de voir mon premier prof de théâtre Jean-Louis Bihoreau, qui a maintenant 85 ans. Sans lui je ne serai pas là aujourd’hui. Il m’a donné son amour. Il parle de moi en fils putatif ça m’a fait pleurer vous l’avez vu.  Pour moi c’est un papa putatif aussi. J’adorais mon père disparu mais Jean-Louis c’est un papa qui est toujours vivant. Ça m’a touché doublement.

Difficile d’entendre des choses sur soi ?

Oui, en effet. Vous comprenez c’est toujours gênant de regarder un film où on ne parle que de vous. Les gens ne disent que de belles choses sinon ça ne vaut pas le coup. Pour ma part je me déteste tellement que ça me bouleverse toujours de savoir ce que les gens peuvent ressentir de moi. On va s’arrêter là, sinon je vais pleurer (rires collégiaux).

Juste un dernier mot dessus pour parler de votre monteuse Raphaëlle qui dit : « Olivier est un bosseur, un bourreau de travail mais c’est une véritable boule de sensibilité féminine ».

Oui Raphaëlle m’a toujours dit qu’il y avait une part de gonzesse en moi. Quand j’étais petit, comme « Vidocq », je me déguisais en femme avec les robes de ma mère. J’ai toujours été très attiré par le côté féminin. Cette attirance très forte pour les femmes a été un peu le drame de ma vie car je suis un véritable cœur d’artichaut et je tombe amoureux tous les jours.

Même si je fais des films de mecs très dur, très violent, très noir, les rôles féminins sont toujours là derrière. Les femmes sont un peu comme des veilleuses qui veillent sur nous. Je n’aurais jamais réussi ma vie si je n’avais pas été avec la maman de mes enfants et si je n’avais pas eu les femmes que j’ai eu dans ma vie.

Il y’a une femme en moi que j’ai toujours refusé. Je lui ai donné des coups de pieds au cul parce que je suis un gros macho et un gros con (rires collégiaux). Non en fait je n’arrive pas à l’être. J’écris des histoires d’homme parce que j’ai toujours voulu être un héros, un aventurier. En découvrant les films américains, je voulais être Charles Bronson ou Steve McQueen ou encore Clint Eastwood. Mais en fait, à l’intérieur de moi, il y’a juste une petite danseuse rat de l’Opéra en collant avec son petit tutu qui a juste envie de danser le lac des signes. Et en même temps, j’ai envie d’être Charles Bronson avec son harmonica qui flingue tout le monde dans “Il était une fois dans l’Ouest”. Ou encore Clint Eastwood en « Inspecteur Harry Callahan ». Tu vois c’est une sacrée comparaison la danseuse et l’aventurier, mais c’est tout moi.

Oui d’où votre sensibilité féminine. J’imagine qu’on doit souvent vous le dire, mais avec vos films vous avez donné un nouveau visage aux films policiers.

Oui c’est ce qu’on me dit. Mais tu vois Vanessa, je ne l’ai pas fait exprès. Je suis arrivé j’ai fait mon film en 2004 « 36 quai des Orfèvres » dont personne ne voulait et n’y croyait. Pour eux le casting était hasbeen. Gérard Depardieu faisait du Depardieu à l’époque, Daniel Auteuil était dans le creux de la vague et les gens ne croyaient plus en lui.

Et moi j’étais le mec qui avait fait un premier film qui avait marché mais sans plus avec mon curriculum vitae d’acteur télé, ancien flic. Puis le film a fait 2 millions et demi d’entrées. Il est arrivé, ça a été une espèce de moment magique et encore aujourd’hui ça reste un film culte !

Oh oui, je confirme.

Merci, Je me dis avec tout le recul : « Mais pourquoi c’est devenu un film culte » ? Comme « Le clan des siciliens » et tout ça. Et Daniel Auteuil m’a dit : « Tu sais quoi, c’est les films les plus classiques qui restent les films les plus cultes ». Daniel Auteuil m’a donné son amitié et il a fait « MR 73 » avec moi derrière et j’espère qu’on aura d’autres occasions de travailler ensemble. « 36 quai des orfèvres » je l’ai fait avec le cœur. Je suis arrivée au bon moment, avec un bon casting et avec une belle histoire. Après le film a des maladresses. Si c’était à refaire, il y a des choses que je ferai autrement. Evidemment on est toujours très critique sur le travail qu’on a fait, mais le public était au rendez-vous et c’est toujours le cas. J’ai vu l’uppercut que le film a été.

 

Cela étant, il faut vivre avec ça. Derrière « 36 » il y a des films que j’ai fait et que je préfère, mais les gens ne me parlent que de celui-là. C’est compliqué, je sais qu’Henri Verneuil a eu ce problème, tout comme Georges Lautner. J’étais pote avec eux.

En fait on se remet très difficilement d’un énorme succès qu’on n’a pas contrôlé. « 36 » ça m’a dépassé. Je l’ai vu à l’avant-première à Paris, nous étions au cinéma Wepler, Place Clichy où on avait ouvert 3 salles puis 6, ensuite 12. Après les gens étaient refoulés. Il y avait des embouteillages partout. Toute la place était bloquée. C’était comme quand Claude Lellouche a présenté « Un homme, une femme » au festival de Cannes dans les années 60. Je te jure que c’est vrai Vanessa, c’était le même truc. Et là c’est Depardieu qui m’a pris par la main et qui m’a dit : « Allez viens ma poule, je t’amène avec moi j’ai l’habitude » (rires collégiaux).

C’était vraiment très fort à vivre !

Oui, j’étais complètement dépassé par les évènements : les coups de klaxons, le bruit, les gens qui hurlaient. Ceux qui voulaient rentrer et qui étaient refoulés. On s’est dit : « Putain le film est entrain de devenir un truc énorme ». C’est vrai encore aujourd’hui et c’est fou.

Si je vous demandais…

Ah non, on se tutoie maintenant (rires collégiaux).

Alors je reprends, si je TE demandais une question qu’on ne t’a jamais posé mais que tu aimerais qu’on te pose, ce serait quoi ?

Celle-là (rires collégiaux). Non, je dirais : « si tu devais choisir entre gendarme et flic qu’elle serait ton choix et pourquoi » ?

Très bonne question, tu as choisi flic et moi gendarme (rires).

L’uniforme, le côté militaire, pour toi je pense.

Alors pour te répondre, oui, le côté carré avec une limite gauche et une limite droite, la stature et en effet l’uniforme ainsi que le fait d’être au servir de la population. Mais je vais m’arrêter là, car je pourrais en débattre avec toi pendant des heures (rires collégiaux). Et toi le côté flic ?

J’ai un grand respect pour les militaires, sache-le. J’ai fait l’armée, je suis sergent de réserve, mais si on avait été obligé de porter l’uniforme, je n’aurais jamais été flic. Ce qui me plaisait c’est d’avoir les cheveux longs, la moustache, les diamants dans l’oreille, de porter les santiags.

Juste avec le port du brassard POLICE.

Voilà, alors que toi tu devais porter l’uniforme. J’ai un grand respect aussi pour les gendarmes mais je n’étais pas fait pour l’uniforme et le côté strict de la gendarmerie (rires collégiaux).

Je comprends. Projet de tournage, un petit « Overdose » sur Toulouse ?

Alors le projet c’est Carcassonne, Toulouse, Perpignan, l’Espagne et Paris. Le tournage est en novembre, décembre et janvier. Attention les amis, j’arrive dans la région et je vais mettre un gros gros bordel chez vous !

Oh super, j’attends de voir ça avec impatience (rires collégiaux) !

J’y compte bien (rires). Merci beaucoup Vanessa.

C’est moi qui te remercie beaucoup Olivier.

Photos pour montage présentation : © YanRB

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