Confidences de l’acteur Jonas Ben Ahmed du film “A good man” prix du jury et du public au Festival DIAM 2021, en AVP, ce soir au cinéma L’ABC !

Le cinéma l’ABC présente ce soir l’AVP du film « A good man » qui a reçu le prix du jury et du public au Festival Des Images aux Mots (DIAM) 2021. Le long métrage sera projeté en présence de l’équipe du film dont la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar et l’acteur Jonas Ben Ahmed.

Ce dernier, nous a accordé une entrevue forte en émotion et sous le signe des confidences et de la bonne humeur.

Bonjour Jonas, merci de m’accorder un moment.

Bonjour Vanessa, c’est un plaisir.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer le rôle de Niel dans « A good Man » ?

Le rôle a été écrit pour moi, donc cela fait partie clairement de l’envie et ça fait très plaisir (rires). Et puis surtout, c’est un personnage cisgenre. Après la série « Plus belle la vie » c’était la première fois qu’on me proposait un tel rôle. J’ai refusé tous les rôles trans qu’on a pu me proposer parce que je ne voulais pas me laisser enfermer. Et j’attendais cette proposition de personnage qui est venue de la cinéaste Marie-Castille.

Une très belle rencontre avec Marie-Castille ?

Indubitablement, si ce n’est la plus belle de ma jeune carrière ! A la base, elle est venue me quérir pour le personnage de Benjamin. Suite à un entretien, comme elle fait avec tous les acteurs avant de passer une audition, Marie -Castille m’a dit : « Au-delà de l’homme que tu es, de ta transidentité, tu es avant tout une personne et moi c’est ce que je vois. C’est ce que j’aimerais retenir ». Elle m’a donc proposé de passer l’audition pour le personnage de Benjamin ou celui d’Antoine, le grand frère. Et je lui ai répondu : « Je suis acteur, c’est à vous de choisir dans quel rôle je pourrai servir au mieux le film ». Au-delà du fait qu’émotionnellement le rôle de Benjamin aurait été compliqué à jouer, Je manquais clairement d’expérience pour l’interpréter. Et Physiquement par rapport à Noémie je fais trop jeune pour jouer son grand frère.

Vous étiez dans une impasse ?

Oui, pris de panique je me suis dit que j’avais raté la seule grosse audition de ma vie (rires collégiaux). Mais Marie-Castille m’a dit qu’elle avait eu un coup de cœur pour moi et que si je voulais bien elle allait m’écrire un petit rôle. Et elle a ajouté : « Tu manques d’expérience pour le rôle principal, mais si personne ne t’en donne comment vas-tu l’acquérir. Là, c’est ce que je te propose en intégrant un petit rôle dans le film. Puis par la suite on travaillera sur un rôle plus conséquent jusqu’à ce que tu obtiennes assez d’expérience pour tenir un rôle principal ». Très touché de la proposition, j’ai dit oui tout de suite et l’aventure « A good man » a vraiment commencé avec le personnage de Niel qui passe de Barman à caissier et livreur à domicile (rires).

A ce moment, vous êtes aux anges ?

Oh oui, et après la première journée de tournage, j’ai dit à Marie-Castille : « Mais il faut faire ça tous les jours » (rires collégiaux) !

Quelle est la première scène que vous avez tourné dans le film ?

La scène du bar. Comme on était nombreux avec les figurants, c’est une scène qui met du temps à se mettre en place. Comme on jouait en intérieur et qu’il devait censé faire nuit dans le scénario mais qu’il faisait jour c’était tout une installation. Je venais de la série « Plus belle la vie » où le temps est compté et où les choses vont très vite. Même pas le temps de dire ouf (rires collégiaux). Et là, j’avais très envie d’aller aider l’équipe du tournage mais je ne pouvais pas bouger, je devais rester à ma place pour leur permettre de mettre en place la scène pour la filmer dans tous les sens. C’était très surprenant et fatiguant car c’était une très longue journée et j’ai pris conscience de l’engagement aussi bien physique et émotionnel d’un rôle principal et que je n’étais pas prêt encore pour cela. J’ai fini ma journée sur les rotules (rires collégiaux). Mais malgré la dureté de la journée j’avais des étoiles plein les yeux et l’envie de continuer à faire ce métier ! Bon j’étais bien content d’être en relâche le lendemain. On ne va pas se mentir (rires collégiaux). Clairement, c’est là que j’ai compris que malgré l’attente, malgré la rigueur que ça demande, l’investissement personnel et les petits inconvénients d’un tournage, je veux faire ça toute ma vie ! Je l’ai compris encore plus sur le second long métrage que j’ai tourné cet été. Il y avait une jeune actrice avec moi et alors que le autres autour de nous trouvaient le temps long car on était nombreux, nous deux on était bien et je lui ai dit « Si malgré la fatigue, l’attente, tu prends du plaisir et tu veux revenir demain, tu as trouvé ta place » !

Dans le film, le couple est heureux mais Aude ne peut pas avoir d’enfant et c’est Benjamin qui au risque de tout perdre et chambouler sa vie va porter leur enfant. C’est beau non ?

Oui, clairement, après je ne le vois pas comme un sacrifice mais comme une magnifique preuve d’amour. Au même titre, qu’aujourd’hui d’un point de vu sociétal on a encore cet inconscient collectif où c’est la femme qui porte l’enfant. En soi, c’est mettre son corps au service de l’amour. Généralement, on dit que l’enfant est le signe de l’amour entre deux personnes et là c’est le cas. Benjamin met son corps en pause pendant 9 mois pour porter ce symbole de l’amour. Il faut rappeler qu’il n’y a que 2% des personnes qui répondent : « J’ai donné la vie pour le cadeau que c’est ». Les gens déclarent plutôt : « C’était une preuve d’amour et j’avais envie d’avoir un enfant ». Rare qu’on dise que c’est juste un cadeau de la vie, surtout en ce moment (rires collégiaux). Benjamin fait le choix d’être soi et pour lui c’est celui d’être père. Ce n’est pas un sacrifice mais de la résilience.

Il y a une scène très forte quand Erwann, interprété par Gabriel Almaer, apprend la transidentité de Benjamin, son meilleur ami et le rejette en se sentant trahi.

C’est une scène qui est réelle dans certains parcours de vie, malheureusement. Mais, qui heureusement, n’existe pas du tout dans d’autres, et c’est préférable (rires collégiaux). Cette scène fait partie de la vie. Après elle fait mal parce que c’est son meilleur ami. C’est quelque chose dont on parle beaucoup dans la communauté par rapport à des trans dont la situation est inconnue de leurs proches. Ils ont toujours peur que ça s’apprenne et qu’on voit cela comme une trahison.

Une annonce parait, vous passer un casting et vous voilà à l’écran dans la série « Plus belle la vie ». C’est fou, non ?

Complètement, on peut résumer ma vie comme ça (rires collégiaux). Je vois une annonce, je tergiverse toute la nuit et toute la journée qui suit. La nuit du dimanche au lundi, je postule. Lundi on m’appelle pour une audition mercredi. J’y vais. On me donne la réponse le lundi d’après. C’était assez fou (rires collégiaux). Je vous avoue que s’est passé très vite et que j’ai failli renoncer en allant prendre le car pendant 8 heures pour monter sur Paris dans le froid un 17 janvier. Mais j’ai pris mon courage à deux mains et je suis monté dans le bus pour tenter ma chance et tester mes capacités en tant qu’acteur. C’était la meilleure décision de ma vie car regardez aujourd’hui où ça m’a conduit. J’ai 30 ans, j’en suis à mon deuxième long métrage, j’ai monté les marches de Cannes, alors qu’il y a quelques années, je dormais sur un banc. C’est fou ! Je vous l’ai dit c’est l’adjectif qui résume ma vie. J’ai eu des moments difficiles mais comme je dis : « Ma roue est carrée, mais quand elle tourne, il y a tout qui tourne avec ». En vrai, je la chéri cette roue carrée ! Il y a plein de gens qui me disent : « J’espère qu’à force de tourner les angles vont s’arrondir ». Mais, je l’aime bien cette roue carrée, elle m’a permis d’avoir cette vie de fou et j’ai mis du temps à l’apprécier, mais je ne la changerai pour rien au monde !

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans le personnage de Dimitri ?

Sa bienveillance qui est un peu la mienne. C’est surement pour cela que j’ai été pris pour ce rôle. Je suis doux et apaisé et j’en devient bienveillant. Je suis bien avec moi-même donc pourquoi être méchant avec les autres (rires collégiaux). Je suis présent et je réponds aux personnes qui m’écrivent pour n’importe quelle raison. C’est un cadeau que « Plus belle la vie » m’a fait et je suis bien content que ma vie soit aussi faite de ça. J’ai perdu un ami qui s’est suicidé il y’a 4 ans et je m’en suis voulu de ne pas avoir été suffisamment présent. Comme tout le monde quand on perd quelqu’un qui se suicide, on s’en veut. « Plus belle la vie » m’a permis de faire la paix avec cette culpabilité. Je me dis que s’il me voit tendre la main aux autres, il doit être hyper fier. Justement je suis là pour ceux qui en ont besoin, même indirectement. Au-delà du rêve de gamin de faire ce métier, je suis reconnaissant à l’univers et à « Plus belle la vie » de m’avoir offert l’opportunité d’aider les autres aussi. Je pensais un moment que ma transidentité allait m’empêcher de réaliser mon rêve. Mais cela me permet d’être cet acteur qui donne la visibilité à ces sujets et d’être présent pour ceux qui veulent en parler.

Vous faites beaucoup de choses à côté ?

J’essaie. Je dispense notamment des formations auprès des opérateurs de S.O.S Homophobie sur l’écoute afin qu’ils sachent mieux accueillir les personnes qui les appellent. C’est aussi un beau cadeau de la vie ! J’essaie de diffuser l’espoir dont je déborde (rires collégiaux). J’allais dit trop mais ça n’est jamais trop.

Non et il en faut. Le partager c’est encore plus important.

Oh oui, j’ai bien vu ça dans les conférences que j’ai pu donner. Je le vois aussi lors des avant-premières pour le film « A good man ». J’essaie de faire un maximum d’AVP car je sens bien que ça peut changer les choses. Et si je peux aider ne serait-ce qu’une personne c’est que du bonheur. J’ai eu une belle rencontre à Cannes avec un jeune homme trans. Il m’a demandé : « Monsieur Ben Ahmed, quels conseils me donneriez-vous pour que j’arrive à devenir acteur » ? ça m’a tellement ému car je me suis vu à 18 ans abandonner ce rêve car je me disais que personne ne voudra d’un mec trans dans son casting. Je lui ai répondu : « Travaille ton jeu, prends des cours et surtout crois en toi ». Vu sa détermination, je suis certain que je vais bientôt recroiser ce p’tit gars sur un plateau.

Qu’avez-vous ressenti quand on vous a remis le prix de la personnalité de l’année au Out d’Or 2018 ?

De la joie, j’ai été très touché et ému. Mais, j’ai été aussi très surpris. En fait, je ne m’y attendais pas du tout. On m’avait dit que j’allais recevoir un mail 48 heures avant si j’étais primé et comme je n’avais rien reçu j’ai été vraiment surpris quand on m’a dit de vite rentrer pour m’installer et qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Là, j’ai compris et j’arrive un peu essoufflé car je suis un peu déboussolé (rires collégiaux). Je me demandais pourquoi moi plus que les autres. On voit qu’avec ma petite notoriété dans la série « Plus belle la vie » que le T de LGBTQI+ prend tout son sens alors qu’il est généralement oublié pour les revendications et avant en dernier dans LGBT. Quand je regarde mon prix, j’éprouve une grande fierté.

Un grand souvenir ?

Oui, je vois tous ces souvenirs pendant ces 3 ans. De la série au long métrage. J’en suis donc à mon deuxième et un troisième peut-être au printemps. Je monte sur Paris pour multiplier les castings. Je viens d’obtenir mes papiers et je crois qu’il est tant de terminer le chapitre de ces 3 ans. Mes papiers mettent un point final à ma transition et je peux maintenant vivre comme n’importe quel autre citoyen et en étant totalement libre.

Justement, quel rôle aimeriez-vous qu’on vous propose ?

Je suis fan de fantastique comme l’univers de Narnia ou d’Harry Potter. J’aimerais beaucoup me retrouver sur un projet similaire. J’aime aussi les films qui délivre un message, qui essai de changer les choses. Pour ça je suis partant à 100%. Je prête toujours une plus grande attention au scénario dans sa globalité qu’au rôle qu’on me propose.

Donc, vous avez tourné un second film ?

Il est actuellement en montage. J’ai tourné dans un nouveau long métrage de Marie-Castille qui s’appelle « Divertimento », un biopic qui raconte un peu le parcours de la chef d’orchestre Zahia Ziouni.

Hâte de venir sur Toulouse pour l’AVP du film « A good man » qui a remporté le prix du jury et celui du public lors du festival DIAM 2021 ?

Oui, on a été très content de recevoir ces deux prix du festival et on a hâte de rencontrer les personnes du festival mais aussi le public toulousain. Toutes les avant-premières, c’est vraiment un plaisir. D’autant plus qu’à Toulouse j’y retrouve ma cousine que je n’ai pas vu depuis 13 ans. Je n’ai d’ailleurs jamais parlé de transidentité avec elle et je trouve ça chouette de la retrouver après le film pour voir ce qu’il en est (rires).

Merci beaucoup Jonas et à Jeudi pour l’AVP à Toulouse ?

Merci à vous. Oui, je serai présent ce jeudi au cinéma l’ABC de Toulouse avec Marie-Castille Mention-Schaar pour l’avant-première à 20h15 du film « A good man ».

Projection

L’AVP du film « A good man » aura lieu ce soir à 20h15 au cinéma l’ABC de Toulouse en présence de la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar et de l’acteur Jonas Ben Ahmed.

Synopsis

Aude et Benjamin s’aiment et vivent ensemble depuis 6 ans. Aude souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfant alors Benjamin décide que c’est lui qui le portera.

Informations

Pour tous renseignements, ou pour réserver, vous pouvez cliquer ici, où vous rendre sur place au cinéma pour obtenir vos places.

Merci au festival DIAM et au cinéma l’ABC !

Photo montage : © Yann Morrison et © Pyramide Distribution

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