Entrevue avec Marion Laine, la réalisatrice du film “Intraitable”, ce soir en prime time, sur France 2

Marion Laine est connue pour ses films d’adaptations libre de roman ou d’histoire réelles, tels que « A cœur ouvert » ou encore « Voir le jour ». Elle revient avec un nouveau film « Intraitable » diffusé ce soir, lundi 1er mars en prime time sur France 2.

Et comme vous vous en doutez, j’ai souhaité en savoir plus sur le film « Intraitable » en m’adressant directement à Marion Laine.

Bonjour Marion et merci de m’accorder un peu de votre temps

Bonjour et merci à vous.

Comment avez-vous eu l’idée d’adapter librement l’affaire Giboulot qui a défrayé les chroniques en 2014 ?

Alors c’est une commande que j’ai reçu. L’idée ne vient pas de moi. J’ai été d’autant plus intéressée car je connais très bien le milieu des paysans et que j’y ai mes racines. J’ai d’ailleurs demandé à mon agent si elle l’avait fait dans ce sens et non ce n’était pas le cas. C’était un hasard qui a fait que j’ai tout de suite accepté le projet. Je me suis tout de suite bien entendue avec le producteur et ça a été une très belle aventure. Ce que j’aime avec la télévision c’est que le projet est très rapide. Je prends connaissance du scénario en juillet pour un tournage en octobre. Et dans ce cas-là, il faut foncer.

C’est assez rapide en effet. Vous avez fait toutes les préparations ?

Oui en revanche, le scénario n’était pas encore fini. Je l’ai retravaillé avec les comédiens, le scénariste, les décors, les repérages. J’avais mon équipe technique qui sait comment je travaille. Mon chef opérateur et l’ingénieur du son qui connaissent ma méthode.

Aviez-vous une idée précise du casting ou pas du tout ?

Non pas du tout (rires collégiaux). En fait, quand on lit un scénario on peut se projeter mais comme c’est la télé et que le tournage commence deux mois après, les comédiens avec lesquels on voudrait travailler ne sont pas forcément disponibles donc il faut s’adapter. Surtout qu’après le confinement tous les tournages ont repris en même temps. Mais j’ai la chance d’avoir le même directeur de casting qui m’a accompagné sur 4 autres films et qui connaissait mes gouts.

Cela donne des bonnes bases pour commencer.

Exactement. Ce qui était drôle, pour la petite histoire par exemple, c’est que Fred Testot j’avais parlé de lui mais il était au départ dans la liste pour jouer l’avocat (Laurent Bateau).

Ah oui ?

Oui, je ne pensais pas à lui pour interpréter Gabriel. Sur le moment j’avais envie de travailler avec lui mais je le voyais en avocat un peu fou. Voilà c’est amusant, l’évolution dans un casting et c’est toujours intéressant vu qu’il joue très bien le rôle de Gabriel.

En revanche Zineb Triki, je la voyais en Loubna depuis le début. Quand j’ai lu le scénario et que j’ai su qu’un personnage féminin pouvait être incarné par Zineb j’étais ravie. Je venais de terminer « Le bureau des légendes » et je n’avais qu’une envie, la rencontrer (rires). C’était une évidence.

Vous m’avez dit avoir peaufiné le scénario ?

Oui, ce que j’ai changé très rapidement c’est que le rôle de Gabriel Rivalan avait 55 ans et celui de sa femme, Loubna avait 35 ans. Ils avaient 20 ans d’écart. Mais j’ai dit « Je n’ai pas envie de ces 20 ans d’écart entre eux. Si vous me prenez pour faire le film je voudrais qu’ils aient tous les deux 40 ans ». C’est vrai qu’au cinéma les couples ont souvent beaucoup d’écarts et ça ne choque pas. Ce sera peut-être le seul film où le couple a le même âge (rires collégiaux). C’était mon premier combat (rires).

Vous parliez de Zineb Triki qui a un rôle assez fort. Loubna aide Gabriel, le conforte dans son combat, mais en même temps elle doit s’affairer de ses problèmes comme le fait d’avoir laissé son fils au Maroc et de le faire venir. Comment avez-vous dirigé ce personnage ?

Le producteur m’a choisi après avoir vu mon dernier film « Voir le jour » avec Sandrine Bonnaire mais aussi « Un Cœur simple ». Il avait envie de cette sensibilité. Les rôles féminins du film avant étaient beaucoup moins écrits. Pendant l’été je m’employais à développer les rôles féminins comme celui de Zineb ou de Jeanne la sœur de Gabriel qui est malade jouée par Nathalie Beder.

Mais encore de Karine, la fille de Patrick Timsit interprétée par Vanessa David ou bien évidemment Astrid qu’incarne Elodie Frenck et pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre.

Ces rôles secondaires que vous avez mis un peu plus en avant.

Oui c’était mon envie. Cela a été très apprécié par la chaîne et le producteur et c’était vraiment super. D’un seul coup ça devient un film féministe sans le savoir. Toute la promotion se fait sur le glyphosate, pour ou contre les pesticides et sur le sujet principal le combat de Gabriel. Mais se révèle derrière tout ça des femmes fortes. Il y a quand même 4 personnages féminins interprétés quand même par des comédiennes que je trouve extraordinaires et à qui j’ai laissé la place de s’exprimer.

Gabriel semble investit dans sa cause mais plus en retrait voir transparent dans sa vie personnel.

En effet, et c’est ce que je trouvais aussi intéressant dans le scénario. Il y a l’homme qui se défend avec conviction par rapport aux glyphosates et aux pesticides, auquel je peux me rattacher et aussi celui qui a du mal à parler de ces sentiments et à s’engager. Il a du mal à dire je t’aime, il est maladroit. Sa sœur est malade alors il n’ose plus aller la voir alors qu’on voit bien que ce n’est pas par indifférence.

Non, c’est juste que Gabriel ne sait pas comment se comporter face à sa sœur.

Voilà, c’est une partie que j’aime beaucoup. Quand vous êtes malade qu’on ne demande pas de vos nouvelles mais vous avez un frère qui s’en fout et ne pense qu’à lui. Mais en fait non, on à l’ envers du décor et on voit cet homme qui pleure seul chez lui en regardant une photo de lui et de sa sœur petits. On voit bien que c’est un homme empêtré dans ses contradictions et c’est son malaise. J’aimais bien aussi ce rapport frère/sœur, je trouvais ça beau.

Patrick Timsit est connu pour son humour. Même dans un drame, il dramatise toujours avec une touche d’humour. Et là dans le rôle de Pierre,  il apparait sans note d’humour, un brin sombre. Une volonté de votre part ?

Et de la sienne ! On a construit ce personnage ensemble. On trouvait intéressant qu’il soit vraiment fermé. Patrick s’est inspiré aussi de viticulteurs proches de lui. Il connait bien le milieu et ce genre de profil. Je pense qu’il devait penser à quelqu’un en particulier quand il jouait car il transformait sa voix, sa tenue et sa façon de marcher. Il a vraiment bien travaillé le personnage, de façon très subtile.

Cela nous permet de découvrir un autre aspect de Patric Timsit.

Merci, c’est ce qu’on a essayé de faire. Cela fera plaisir à Patrick de savoir ça.

Avez-vous rencontré Emmanuel Giboulot ?

Oui on s’est rencontré mais je ne voulais pas trop me rapprocher de lui. L’idée c’était de prendre des libertés par rapport à la véritable histoire d’Emmanuel. Didier Vinson, le scénariste, l’a rencontré à plusieurs reprises. Il l’a longuement interviewé pour construire les personnages et le scénario. Il y a des phrases du procès de Giboulot qui sont reprises telles qu’elles dans le film « Intraitable ».

Quel est le message du film ?

Le scénario parle de lui-même et c’est le message de Didier Vinson, de la chaine, du producteur. On sait tous, c’est une évidence que la planète va mal et qu’il faut changer les choses. C’est un peu un film pour essayer de poser des questions pour améliorer nos conditions. On ne peut pas du jour au lendemain passer tous au bio. En même temps c’est important de savoir la qualité de ce qu’on mange et de ce qu’on boit. Un peu soulever le couvercle de la boîte de pandore.

Et ce que j’aime bien comme message en sous texte, comme je vous le disais tout à l’heure, c’est un homme aussi face à ses faiblesses, sa lâcheté vis-à-vis de sa sœur mais aussi vis-à-vis de sa femme. Comment le film va le pousser dans ses retranchements en le forçant à s’affirmer pour accepter ce qu’il est et de gagner non pas seulement son procès mais sa vie.

Avez-vous des projets ? Va-t-on vous revoir prochainement au cinéma ? Enfin quand ils pourront rouvrir.

J’ai eu de la chance parce que mon dernier film « Voir le jour » a pu sortir au cinéma lors de la petite fenêtre de réouverture entre les deux confinements. Là, je suis repartie en écriture. Je croise les doigts pour que la situation des salles de cinéma et autres lieux culturels rouvrent leurs portes.

Oui, croisons les doigts. Est-ce que votre film, qui est en préparation, sera adapté d’un livre ou d’une histoire vraie ou complètement différent ?

Non, là cette fois c’est quelque chose de complètement différent. Je pars pour la première fois sur une idée originale et j’en suis très contente car c’est très existant.

On a hâte dans les prochains mois dans savoir plus sur votre projet. Avez-vous un message à passer ?

J’espère que tout le monde sera au rendez-vous ce soir devant « Intraitable »

Nous y serons en tout cas. Merci beaucoup Marion pour ce partage.

Merci beaucoup à vous.

Et comme l’a dit si bien la réalisatrice Marion Laine, rendez-vous ce soir devant “Intraitable” à 21h05 sur France 2.

Synopsis

Un viticulteur bio, discret et idéaliste devient presque malgré lui un lanceur d’alerte. Prié par arrêté préfectoral d’épandre préventivement du pesticide sur ses vignes, il refuse et s’engage dans une procédure longue et inégale contre l’Etat. Au cours de son action, il se voit obligé de défendre sa vision du métier, son exploitation et sa compagne contre les intimidations de ceux que son combat dérange…

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