Entrevue avec l’incroyable et très talentueux Francis Huster au Festival de Carcassonne 2021

Le festival de Carcassonne 2021, accueille comme chaque année l’acteur Francis Huster habitué des lieux depuis 50 ans et parrain du festival. Il a devant un parterre rempli effectué un coup de maître avec « Molière » en tenant la pièce à lui seul alors qu’à l’accoutumé Yves le Moign’ est à ses côtés.

Francis Huster nous a accordé une entrevue avant le levé du rideau mais aussi à la fin de la représentation avec la plus grande gentillesse.

Avant la représentation

Bonjour Francis, tu es enfin de retour dans cet écrin que tu aimes tant, le théâtre. Tu es un habitué de Carcassonne où tu viens chaque année offrir au public un moment de partage au cœur de la cité dans la Cour d’honneur du Château Comtal.

Je vais parler aux gens pendant la représentation. Mais regardes derrière toi, juste là à 20 mètres, il y a 50 ans jour pour jour, j’étais là avec Jacques Spiesser. Jean Deschamps, le créateur du festival de Carcassonne, nous avait demandé de venir. La scène était non pas devant nous comme maintenant mais dans la cour là-bas derrière et on a joué « Jacques le fataliste » et Isabelle Adjani était dans la salle.

Si Molière est là quand on recommence, on va être invincible et le théâtre va retrouver la place qu’il mérite d’occuper en France !

Un souvenir inoubliable ?

Oui, c’est un souvenir merveilleux parce que c’était le départ en 1971 de toute notre aventure. Hier soir, il y avait Jacques Spiesser dans la série « Magellan » à la télévision. Je me disais : « C’est incroyable les signes, il ne manque plus que Fanny ». Et hop, elle est là (rires). Fanny donnera une représentation demain de “Hiroshima mon amour”. En plus, il fait soleil, il y a énormément de monde. Avec tout ce qui s’est passé, c’est la première fois qu’on rejoue au festival de Carcassonne. Tu vois, le fauteuil qui est là-bas prêt de la scène et qui symbolise Molière, c’est comme un signe du destin. Toutes ces petites choses qui sont réunies et si Molière est là quand on recommence, on va être invincible et le théâtre va retrouver la place qu’il mérite d’occuper en France ! Et je pèse mes mots. Ce soir, c’est la 60ème représentation de « Molière », je ne devais en faire que deux. C’est la toute dernière et je suis très heureux d’avoir fait tout ce parcours avant le 400ème anniversaire de Molière le 15 janvier 2022.

Actuellement, si je ne me trompe pas, tu fais des démarches pour faire entrer Molière au Panthéon ?

Oui, je voudrais qu’on rende à Molière en quelle sorte ses lettres de noblesse et qu’on le reconnaisse comme le grand homme et auteur dramaturge qu’il était en lui rendant justice. J’ai lancé une pétition et j’invite tout le monde à la signer pour que le président Emmanuel Macron fasse entrer Jean Baptiste Poquelin dit Molière au Panthéon.

Je crois que tu as un petit mot pour le festival de Carcassonne ?

En effet, j’aimerais tirer un coup de chapeau à Pascal Dupont et toute son équipe parce que pendant cette période dramatique, beaucoup plus qu’on ne le croit, il est resté de marbre. Le Maire de la ville de Carcassonne a été formidable et tu vois que même ici à l’intérieur de l’espace de la Cour d’honneur du château Comtal tout a été repensé par rapport aux obligations dû au covid. Nous les comédiens, on va passer un moment rare parce que j’ai toujours soutenu le festival de Carcassonne depuis 50 ans. Je n’ai jamais mis les pieds au festival d’Avignon parce que j’avais donné ma parole à Barrault de ne pas le faire vu la conduite inqualifiable de ce festival envers la compagnie Renaud Barrault.

Maintenant 50 ans sont passés, on va voir si le pont entre Carcassonne, Avignon et Angers pourrait se faire pour les réunir comme les équipes de la ligue 1 de football. La particularité des festivals c’est qu’ils ne se ressemblent pas comme celui de Cannes et le festival séries de Monté Carlo que l’on vient de faire. C’est pareil pour ceux de Carcassonne et d’Avignon pour le théâtre. Je pense que dans les 2 ou 3 ans qui vont venir le festival de Carcassonne va casser la baraque parce qu’il y a une liberté ici qui peut faire donner une force inouïe à ce festival. A mon avis, Il faudrait qu’en 48 heures des spectacles de musiques, de chant, de théâtre, de danse soit réunis pour un impact plus fort et pas que des stars, vu que même des inconnus peuvent faire un triomphe. Un peu comme les 3 jours J dans un magasins et bien là les 48 heures fort du festival.

Tu vas jouer « Molière » ce soir. Ton amour de Molière est présent en toi depuis de longues années. Te souviens-tu de la première fois où tu as joué du Molière ?

Oui c’était au concours d’entrée du conservatoire. On avait une scène imposée et j’ai été obligé de jouer une scène de Molière et je ne pensais pas du tout entrer à la Comédie française, faire le parcours que j’ai fait, la compagnie Renaud Barrault et tous les classiques. Je pensais au contraire être un acteur pour des pièces modernes. Tu vois, je me voyais beaucoup plus dans le style de Paul Meurisse, François Perrier ou encore Pierre Fresnay que dans le style de la Comédie française.

Tu écris aussi sur Molière, non ?

En fait, les éditions Plon m’ont confié l’écriture pour « Le dictionnaire amoureux de Molière ». C’est presque 500 pages. Pendant 2 ans, j’ai travaillé 4 à 5 heures par jour. Ce dictionnaire amoureux va donc sortir le 7 octobre 2021. Un dictionnaire c’est à la fois la vie évidemment de Molière mais la vie vraiment de Jean Baptiste Poquelin. Tous ses pièces, tous les personnages, tout y est. Mais comme il y a eu énormément de livres sublimes sur Molière, j’ai voulu pour ce dictionnaire amoureux ne pas piocher à gauche et à droite dans des écrits magnifiques mais aussi dans des livres honteux, diffamatoires qui sont un scandale.

De grands noms de l’histoire ont eu le même sort.

Exactement, on se retrouve un peu comme tous ceux qui concernent Napoléon, le Christ, De Gaulle ou Guitry et même Kennedy. J’ai donc décidé pour ce dictionnaire de dire la vérité. Si tu veux, ce sera un peu mon testament et que j’arrêterai là par rapport à Molière. J’espère que ce dictionnaire amoureux, en rétablissant la vérité, va changer complètement la vision des gens sur Molière.

C’est un message que tu distilles aussi dans ton spectacle ?

Tout à fait, et ce soir après le spectacle, je me permets de le dire parce que je l’ai fait 59 fois, les gens qui sont là auront leurs visions de Molière complètement changées. J’espère que cela servira surtout pour l’avenir de Molière. A anticiper et à donner la clef pour révolutionner Molière aux jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui. J’ai fait un deuxième livre qui s’appelle « Poquelin contre Molière » qui lui ne raconte pas la biographie mais oppose les deux noms. Un peu comme Charlot contre Chaplin, Tintin contre Herger ou Astérix contre Goscinny. Le personnage qui règle ses comptes avec son créateur tel que Mona Lisa s’opposant à Léonard De Vinci. Pour te dire que la France a l’esprit de Molière et l’Angleterre à celui de Shakespeare et c’est ce que je vais essayer de faire comprendre au public présent ce soir. Tous les enfants à l’école étudient du Molière et on ne leur explique pas pourquoi il faut qu’ils soient éduqués aussi par Molière. Je vais tenter de l’expliquer sur scène. Et c’est la toute dernière fois que je fais ce spectacle.

Il ne faut pas en perdre une miette alors.

Regarde les gens dans la salle ce soir et tu comprendras mes propos. Il y aura des moments où ils seront estomaqués parce qu’ils ne s’attendront pas du tout à cette vérité. Des instants où ils se diront : « Mais il est fou » ! D’autres ou ce sera : « Il exagère là » ! Et aussi des morceaux où ils affirmeront : « Mais non, il a tout à fait raison » ! C’est justement ces réactions là qui me paraissent hyper nécessaires pour réagir à une œuvre théâtrale. Pour avoir joué énormément d’auteurs, je trouve que celui-ci à la particularité tout simplement d’être un comédien qui écrit. Un comédien qui tient la plume n’écrit pas pareil qu’un auteur ou un écrivain.

La dernière fois qu’on s’était vu, tu m’as dit ton envie de revoir les gens et dernièrement tu as fait le festival de Monté Carlo où le film « Meurtres sur les îles du Frioul » était présenté hors compétition. Qu’est-ce que tu as ressenti lors de ce festival ?

Oh oui, c’était une sensation absolument énorme. Le film a rencontré un très gros succès. Je me suis rendu compte que les gens avaient besoin de retrouver les héros. Dans le cinéma de demain, les séries, les téléfilms à la télévision ou sur les plateformes, tu verras, ce sont les héros qui vont gagner. Les gens veulent des héros. La vie est trop dure et quand je parle de héros, je parle de ceux qui gagnent. Les footballeurs sont les héros, ils perdent, les gens sont désespérés que leurs héros soient les perdants. Et nous on a besoin de leur apporter ce bonheur mais la responsabilité au théâtre ce n’est pas de montrer le héros d’une façon lumineuse, c’est de montrer au contraire que le héros est encore plus terrible qu’ils ne le croient. Les failles, les secrets, les blessures, les échecs, les trahisons et les peurs du héros le rendent ainsi humain et ça c’est notre devoir à nous.

Après la somptueuse représentation

Francis Huster à la fin de notre entrevue avant la représentation nous a invité à le retrouver pour quelques mots à la fin du spectacle.

D’abord mes félicitations parce que c’était un merveilleux spectacle !

Merci beaucoup Vanessa.

Encore plus, parce que tu as dû tenir la représentation seul alors que d’habitude tu es avec Yves le Moign’.

Oui, j’ai joué la scène du « Misanthrope » seul au lieu de la jouer à deux. Même si Yves n’était pas là ce soir, il l’était quand même. On a joué un peu pour lui comme pour Robert Hossein.

La présence d’Yves symbolisée à des moments par cette chaise renversée ?

Oui c’était très important de mettre en scène sa présence de cette façon. J’ai adoré le public et je pense que la disposition du lieu est mieux dans ce sens-là. Il y a quelque chose de plus horizontale qui est plus proche des gens.

Alors à un moment, quand tu parles de Lully tu jettes ta chaussure…

Oui, absolument.

Est-ce que c’est la marque qu’il était dans les pas de Molière et qu’en le trahissant il ne marche plus ensemble ?

C’est exactement ça, tu as tout compris. Autant j’admire le musicien, autant je hais l’homme pour ce qu’il a fait à son ami, Molière.

La jalousie et la soif du pouvoir, on a malheureusement de nombreux exemples qui jalonnent notre histoire. Tu as montré ce soir un tout autre visage de Molière beaucoup moins drôle et des propos très dur.

Oui, très dur. Molière est plus près de Shakespeare et de Tchekhov que de Guitry et Feydeau. Il sera très près de nous dans les 4 ou 5 ans à venir car on aura besoin de crier nos angoisses en jouant du Molière.

D’autres projets ?

J’attends avec impatience la diffusion du film « Meurtres sur les îles du Frioul » sur France 3. Je réfléchis énormément et je n’ai pas encore pris de décision par rapport aux rôles qu’on me propose. Je vais me consacrer à la télévision ou au cinéma. Pendant quelques temps je ne vais plus faire de théâtre sauf des exceptions pour des soirées spéciales.

Merci Francis et on croise les doigts pour le résultat d’audience à la diffusion de « Meurtres sur les îles du Frioul » quand il sera évidemment programmé.

Tu vas voir, il va faire un carton. Vu l’accueil au festival de Monté Carlo il va battre le record du meilleur « Meurtres à ».

Petit cadeau

Pour clore cette interview sachez qu’à la fin de son “Molière”, Francis Huster a livré au public deux anecdotes dont en voici une immortalisée par Olivier Lejeune au Croisic sur la naissance d’une fameuse réplique.

Rendez-vous avec Béjart Ballet Lausanne

Ce soir, à 21h30, au Théâtre Jean-Deschamps, le festival de Carcassonne vous donne rendez-vous avec Béjart Ballet Lausanne pour « Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ».

Renseignements et réservations

Réservation et paiement des places en amont auprès du PAC BILLETTERIE 10 rue de la République à Carcassonne ou sur place dès 14h à la billetterie du Festival, en face du Théâtre Jean-Deschamps, dans la limite des places disponibles.

Pour accéder au Théâtre Jean-Deschamps

Pass sanitaire et Bracelet Pass obligatoires, port du masque recommandé mais pas obligatoire. Pensez à prendre rendez-vous pour votre test antigénique en cliquant ici.

Conditions et programmation

Toutes les infos Covid sont disponibles sur le FAQ COVID et pour tous renseignements et découvrir la programmation du festival de Carcassonne 2021 consultez leur site officiel .

Photo article montage : © Christine Renaudie et © Ville de Carcassonne – Manon Roux

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Une réflexion sur “Entrevue avec l’incroyable et très talentueux Francis Huster au Festival de Carcassonne 2021

  • 16/07/2021 à 12h52
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    Pauvre Jean-Deschamps ! Francis Huster est sûrement amnésique. Comment peut-il dire que le festival de Carcassonne est un festival de théâtre ? Comment peut-il encore associer son nom à ce festival du « n’importe quoi » ? Honte à la municipalité de Carcassonne d’avoir trahi la mémoire de Jean Deschamps !

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